Santé au Travail

Épicondylite : soigner une douleur au coude qui dure

9 min de lecture
Épicondylite : soigner une douleur au coude qui dure

L’épicondylite latérale, ou tennis-elbow, est une souffrance des tendons qui s’attachent sur la bosse osseuse externe du coude. Elle se soigne presque toujours sans opération : repos relatif, kinésithérapie, exercices excentriques et correction des gestes en cause. Seule vraie difficulté, la patience, car la guérison se compte en mois plutôt qu’en semaines.

Épicondylite latérale : un tendon usé plus qu’enflammé

L’épicondyle latéral est le relief osseux que vous sentez sous les doigts sur la face externe du coude, bras le long du corps et paume vers l’avant. Sur cette petite surface s’insèrent, par un tendon commun, les muscles qui relèvent le poignet et étendent les doigts. Parmi eux, le court extenseur radial du carpe est celui que les chirurgiens retrouvent le plus souvent abîmé.

Le mot « épicondylite » évoque une inflammation. Les descriptions actuelles parlent plutôt de tendinopathie d’insertion : les fibres du tendon se désorganisent sous l’effet de micro-lésions répétées, plus vite qu’elles ne se réparent. Voilà la vraie différence avec une tendinite au sens strict, et elle change le traitement : calmer une inflammation ne suffit pas, le tendon doit retrouver une charge qu’il tolère.

Le trouble est banal. Dans une étude de population finlandaise menée auprès d’adultes de 30 à 64 ans (Shiri et ses collègues, American Journal of Epidemiology, 2006), 1,3 % des participants présentaient une épicondylite latérale avérée, avec un pic entre 45 et 54 ans. En France, un réseau de médecins du travail des Pays de la Loire la plaçait au troisième rang des troubles musculo-squelettiques du membre supérieur diagnostiqués chez les salariés (Roquelaure et ses collègues, Arthritis and Rheumatism, 2006).

Outils, souris, raquette, charges : les gestes en cause

Le surnom de tennis-elbow trompe : beaucoup de personnes touchées n’ont jamais tenu une raquette. Ce qui use le tendon, c’est la répétition combinée à la force de prise, une association que l’étude finlandaise relie à un risque nettement plus élevé.

Au travail

Le point commun des postes exposés : une main qui serre pendant que l’avant-bras tourne ou que le poignet se relève.

  • le vissage et le dévissage manuels, au tournevis ou à la clé ;
  • la souris tenue des heures, poignet relevé et doigts crispés ;
  • les gestes de pince répétés en chaîne de production, en cuisine ou au conditionnement ;
  • le port de charges paumes vers le bas, comme un carton saisi par le dessus ;
  • les outils lourds ou vibrants : perceuse, ponceuse, sécateur, truelle.

Les textes vont dans le même sens : le tableau 57 des maladies professionnelles, consultable sur le site de l’INRS, vise les « travaux comportant habituellement des mouvements répétés de préhension ou d’extension de la main sur l’avant-bras ou des mouvements de pronosupination », autrement dit de rotation de l’avant-bras. Sur écran, un poste de bureau bien réglé retire une partie de la contrainte. Si l’épaule et le poignet souffrent aussi, le coude n’est qu’un maillon : mieux vaut alors une démarche de prévention des TMS qui couvre tout le poste.

Au sport et à la maison

Au tennis, un revers à une main frappé avec le poignet, une raquette lourde en tête ou un cordage très tendu reviennent souvent. Hors du sport, un week-end de bricolage, un déménagement ou la taille d’une haie suffisent chez une personne peu entraînée. Le terrain compte aussi : les Hospices civils de Lyon citent le tabagisme et le diabète parmi les facteurs qui fragilisent ces tendons.

Raquette de tennis blanche posée sur un banc en bois au bord d’un court en terre battue vide

Reconnaître la douleur du tennis-elbow

La douleur siège sur la face externe du coude, en un point que vous pouvez souvent désigner du doigt, et descend parfois sur le dos de l’avant-bras. Elle s’installe progressivement, sans chute ni choc, et finit par gêner des gestes ordinaires :

  • serrer la main de quelqu’un ou tourner une poignée de porte ;
  • soulever une tasse, une casserole ou une bouteille bras tendu ;
  • dévisser le couvercle d’un bocal ;
  • porter un sac de courses à bout de bras ;
  • cliquer longtemps sans pause.

Au début, la gêne n’apparaît qu’à l’effort, puis elle persiste au repos et réveille parfois la nuit. La force de prise semble diminuée, surtout parce que la douleur freine le geste.

Les signes qui demandent un avis rapide

Certains signes sortent du cadre d’une simple douleur au coude de surcharge et justifient une consultation sans attendre :

  • un coude gonflé, chaud ou rouge, ou une fièvre associée ;
  • une douleur apparue juste après une chute ou un choc ;
  • des fourmillements, un engourdissement ou une perte de force dans la main ;
  • une douleur située sur la face interne du coude plutôt qu’externe ;
  • une impossibilité de plier ou d’étendre complètement le bras.

Ces situations orientent vers une autre cause, articulaire, osseuse ou nerveuse.

Quel examen pour confirmer une épicondylite ?

Le diagnostic repose avant tout sur l’examen clinique, chez le médecin traitant, le médecin du sport ou le médecin du travail. Le praticien palpe l’épicondyle, puis teste des contractions contre résistance : relever le poignet ou le majeur pendant qu’il s’y oppose, coude tendu, reproduit la douleur typique.

L’imagerie n’a rien de systématique. Elle sert quand la douleur résiste, quand le tableau paraît atypique ou avant d’envisager un geste :

  • la radiographie écarte une atteinte de l’articulation et repère des calcifications, visibles dans les formes anciennes d’après les Hospices civils de Lyon ;
  • l’échographie montre l’état du tendon et ses fissures, et peut guider une injection ;
  • l’IRM reste gardée pour les cas complexes ou le bilan avant chirurgie.

Si des signes nerveux s’ajoutent, le médecin recherche aussi un syndrome du tunnel radial, une compression nerveuse de l’avant-bras que le tableau 57 associe à l’épicondylite.

Soigner une épicondylite par paliers

La prise en charge avance par étapes, chacune laissant au tendon le temps de répondre. Le socle ne demande ni piqûre ni médicament puissant.

Repos relatif : ménager sans immobiliser

Premier palier, le repos relatif consiste à réduire les gestes qui déclenchent la douleur, sans mettre le bras en écharpe. Une immobilisation complète affaiblit les muscles et retarde la récupération du tendon. Quelques ajustements soulagent souvent vite :

  • porter les charges paumes vers le haut, coude fléchi et près du corps ;
  • choisir des manches d’outils plus épais pour serrer moins fort ;
  • alterner les tâches et glisser des pauses courtes ;
  • espacer les séances de raquette le temps que la douleur baisse.

Le froid après un effort douloureux et les antalgiques simples, sur avis médical ou pharmaceutique, calment les poussées sans traiter la cause.

Avant-bras posé sur une table, main tenant un petit haltère noir pour un exercice excentrique du poignet

Kinésithérapie et exercices excentriques

Le kinésithérapeute devient l’interlocuteur principal des épicondylites qui durent : techniques manuelles, travail de mobilité et surtout renforcement progressif. Dans un essai randomisé publié dans le BMJ en 2006 (Bisset et ses collègues), une kinésithérapie combinant mobilisations du coude et exercices faisait mieux que la simple attente durant les six premières semaines.

Au cœur de ce renforcement figurent les exercices excentriques. Le principe : faire travailler le muscle pendant qu’il s’allonge sous charge, ce qui stimule la reconstruction du tendon. Un programme courant, à apprendre en séance avant de le reproduire seul :

  1. avant-bras posé sur une table, poignet dans le vide, paume vers le sol, une petite charge en main ;
  2. l’autre main aide à relever le poignet, pour épargner la phase montante ;
  3. la main concernée redescend seule, très lentement ;
  4. les séries se répètent chaque jour, avec une charge augmentée par petites étapes ;
  5. un étirement doux de l’avant-bras, coude tendu, termine la séance.

Une gêne modérée pendant l’exercice est souvent acceptée, à condition qu’elle redescende vite ensuite ; le kinésithérapeute fixe ce seuil avec vous. Le même principe de charge progressive guide la rééducation d’autres tendons, comme dans la tendinite rotulienne du sauteur.

Bracelet, orthèse de poignet et attelle de nuit

Côté appareillage, le bracelet épicondylien, une sangle serrée juste sous le coude, répartit la traction des muscles et soulage pendant les activités qui réveillent la douleur. L’orthèse de poignet, portée surtout la nuit, met les muscles au repos en maintenant le poignet légèrement relevé ; les Hospices civils de Lyon la citent parmi les premières mesures. Ces aides accompagnent la rééducation, elles ne la remplacent pas.

Infiltrations : un soulagement court, à discuter

La piqûre la plus connue, l’infiltration de corticoïdes, soulage vite mais brièvement. Dans l’essai du BMJ déjà cité, le groupe infiltré allait le mieux à six semaines, puis rechutait souvent ; au-delà de ce cap, la kinésithérapie prenait l’avantage. Les injections de plasma riche en plaquettes, ou PRP, ont une efficacité « encore débattue » selon les Hospices civils de Lyon. Ces gestes se décident avec un médecin, au cas par cas.

Chirurgie : un recours rare

L’opération reste l’exception. Les Hospices civils de Lyon la réservent aux échecs d’un traitement médical mené sur une durée suffisante, un an en moyenne, et y rapportent de bons résultats dans environ la moitié des cas. Le chirurgien libère ou nettoie la zone abîmée de l’insertion tendineuse, à ciel ouvert ou sous arthroscopie ; une rééducation de plusieurs semaines suit l’intervention.

Avant-bras portant un bracelet épicondylien noir sous le coude, main soulevant une théière

Durée, arrêt de travail et reprise

D’après les Hospices civils de Lyon, une épicondylite du coude met en moyenne environ un an à guérir complètement. Dans l’essai du BMJ, la plupart des participants des groupes kinésithérapie et attente déclaraient une évolution favorable au bout d’un an. Plusieurs mois de gêne ne signent donc pas un échec : une épicondylite qui dure suit simplement le rythme d’un tendon qui se reconstruit.

Arrêt de travail et maladie professionnelle

Un arrêt n’a rien d’automatique. Tout dépend de la douleur et du poste : un salarié qui saisit des données sur un bureau bien réglé continue souvent son activité, un monteur qui visse à la chaîne beaucoup moins. Le médecin tranche, et il privilégie parfois un poste allégé plutôt qu’un arrêt complet.

Pour l’épicondylite, le tableau 57 fixe à 14 jours le délai de prise en charge, soit le temps maximal admis entre la fin de l’exposition au geste et la première constatation médicale de la tendinopathie. Si votre poste figure parmi les travaux visés, abordez la reconnaissance en maladie professionnelle avec votre médecin dès la première consultation : il rédige le certificat qui ouvre le dossier, et service-public.gouv.fr détaille ensuite les formalités.

Reprendre le geste sans rechute

Au retour, l’adaptation du poste se discute avec le service de santé au travail : manches d’outils épaissis, tâches alternées dans la journée, temps partiel thérapeutique si le médecin le prescrit. Au tennis, la reprise passe par des échanges courts, un cordage moins tendu et un revers qui part de l’épaule plutôt que du poignet. Gardez les exercices de renforcement quelques semaines après la disparition de la douleur, en accord avec le kinésithérapeute : le tendon reste plus fragile que la sensation ne le laisse croire.

Prochaine étape : notez pendant une semaine les gestes qui réveillent votre coude, puis apportez cette liste au médecin ou au kinésithérapeute pour adapter votre poste, votre sport et votre programme d’exercices.

Mots-clés

épicondylite latérale du coude tennis-elbow traitement kiné exercices excentriques épicondylite bracelet épicondylien utilisation épicondylite maladie professionnelle