Le syndrome du canal carpien correspond à la compression du nerf médian dans un étroit tunnel du poignet. Il se manifeste par des fourmillements nocturnes du pouce, de l’index et du majeur, puis par une pince qui faiblit. L’examen clinique et l’électromyogramme confirment le diagnostic ; le traitement va de l’attelle de nuit à la chirurgie.
Un nerf coincé dans un tunnel qui ne s’élargit pas
Retournez votre main, paume vers le ciel : le canal se loge juste sous le pli du poignet. Ce passage inextensible est bordé en arrière par les os du carpe et fermé en avant par le ligament annulaire antérieur du carpe, ou rétinaculum des fléchisseurs.
Neuf tendons fléchisseurs y cheminent : le long fléchisseur du pouce et les huit tendons qui plient les quatre doigts longs. Le nerf médian les accompagne. Il transmet la sensibilité de la face palmaire du pouce, de l’index, du majeur et d’une partie de l’annulaire, et commande les muscles charnus de la base du pouce, ceux qui l’opposent aux autres doigts.
Le problème ? Le contenant ne grandit pas. Dès que les gaines des tendons s’épaississent, qu’un œdème s’installe ou que le poignet reste longtemps plié, la pression monte, et le nerf, structure la plus fragile du passage, l’encaisse. Une compression qui dure perturbe d’abord la sensibilité, puis la commande des muscles.
Ce trouble appartient à la grande famille des troubles musculo-squelettiques d’origine professionnelle, sans s’y résumer : bien des cas n’ont aucun lien avec un métier. Il touche plus souvent les femmes que les hommes et atteint fréquemment les deux mains.
Reconnaître le syndrome du canal carpien à ses symptômes
Les premiers signes passent volontiers pour une mauvaise position de sommeil. Leur signature est pourtant précise.
Tout commence la nuit. Des fourmillements nocturnes, des picotements ou un engourdissement envahissent la face palmaire du pouce, de l’index et du majeur, parfois la moitié de l’annulaire. L’auriculaire reste en principe épargné, car il dépend d’un autre nerf. Ces sensations réveillent, et le geste qui soulage vient presque d’instinct : secouer la main, la laisser pendre hors du lit, frotter les doigts.
Au fil des semaines, les signes gagnent la journée, surtout pendant les gestes qui maintiennent le poignet plié ou la main serrée :
- tenir un volant ou un guidon sur un long trajet ;
- garder un téléphone en main pendant une conversation ;
- lire un livre tenu à deux mains, tricoter, coudre ;
- serrer un outil, un sécateur ou la poignée d’un sac.
Puis la main devient maladroite. Les objets fins échappent aux doigts, boutonner une chemise ou dévisser un bocal demande plus d’effort : c’est la pince pouce-index qui perd sa précision. Certaines personnes décrivent des doigts « boudinés », alors qu’aucun gonflement ne se voit. Une douleur peut aussi remonter dans l’avant-bras, ce qui brouille parfois les pistes.
Certains signes appellent un avis médical sans attendre :
- un engourdissement devenu permanent, de jour comme de nuit ;
- une fonte du muscle situé à la base du pouce, l’éminence thénar ;
- des objets qui tombent des mains de façon répétée ;
- des troubles apparus brutalement après une chute ou un choc sur le poignet.
Négligée pendant des mois, une compression installée peut laisser une perte de sensibilité et de force qui récupère mal, même une fois le nerf libéré.

Gestes répétés, grossesse, diabète : ce qui rétrécit le passage
Souvent, aucune cause unique ne ressort et les médecins parlent de forme idiopathique. Ailleurs, des facteurs identifiables gonflent le contenu du canal ou réduisent sa place.
Côté travail, les gestes répétés de la main sont en cause. Le tableau 57 des maladies professionnelles du régime général décrit précisément les situations à risque : des « mouvements répétés ou prolongés d’extension du poignet ou de préhension de la main », un « appui carpien », ou encore une « pression prolongée ou répétée sur le talon de la main ». Conditionnement, couture, nettoyage, travail en caisse ou chantiers du bâtiment y exposent au quotidien. L’INRS y ajoute les vibrations, le froid et des facteurs psychosociaux, comme l’intensité du travail, les horaires ou une faible autonomie.
Hors du travail, d’autres situations favorisent la compression :
- la grossesse, par la rétention d’eau qui gonfle les tissus du poignet ;
- les variations hormonales chez la femme ;
- le diabète, qui rend les nerfs plus vulnérables ;
- l’hypothyroïdie, surtout lorsqu’elle infiltre les tissus ;
- le surpoids et l’obésité ;
- la dialyse rénale au long cours ;
- une fracture ancienne ou une saillie osseuse dans le canal.
Le NHS, service de santé public britannique, cite aussi les antécédents familiaux. Ces terrains orientent l’enquête : quand le syndrome apparaît sans explication évidente, le médecin peut rechercher un diabète ou un trouble thyroïdien passés inaperçus.
Du cabinet à l’électromyogramme : poser le diagnostic
Le premier interlocuteur reste le médecin traitant. Selon son examen, il oriente ensuite vers un rhumatologue, un neurologue, un médecin de médecine physique et de réadaptation ou un chirurgien de la main. Pour un salarié, le médecin du travail entre dans la boucle dès que le poste semble en cause.
L’examen commence par des questions précises : doigts touchés, horaires des symptômes, gestes déclenchants, métier, loisirs, antécédents. Viennent ensuite des manœuvres simples. Le médecin tapote la face antérieure du poignet à la recherche de fourmillements dans les doigts, c’est le signe de Tinel, ou maintient le poignet en flexion forcée pour voir si les symptômes se réveillent, c’est la manœuvre de Phalen. Il teste aussi la sensibilité du bout des doigts, la force de la pince et le relief de la base du pouce.
La confirmation vient de l’électromyogramme, appelé aussi électroneuromyogramme. De petites stimulations électriques, parfois complétées par une fine aiguille placée dans un muscle, mesurent la vitesse de conduction du nerf au passage du poignet. Un nerf comprimé conduit plus lentement, et l’examen chiffre le degré d’atteinte. Il se passe sur prescription, chez un neurologue ou dans un service d’explorations fonctionnelles, en ville ou à l’hôpital, en général avant toute décision opératoire. Une échographie complète parfois le bilan, pour visualiser le nerf ou repérer un kyste.
Cette étape compte : d’autres causes donnent des fourmillements. Une racine nerveuse irritée au niveau du cou peut produire un tableau proche, un peu comme la sciatique d’une hernie discale lombaire projette sa douleur jusque dans le pied, loin du point de compression. L’examen et l’électromyogramme font la part des choses.

Attelle, infiltration, chirurgie : un traitement par paliers
Le choix dépend de l’ancienneté des troubles, de leur intensité et de l’électromyogramme ; il se fait avec le médecin. Une forme légère ou récente commence par des mesures simples ; une atteinte installée, avec perte de force ou fonte musculaire, oriente plus vite vers l’intervention.
L’attelle de nuit, premier palier
Une orthèse de repos maintient le poignet droit, ni plié ni cassé en arrière, pendant le sommeil. Le NHS prévient que cette attelle de nuit demande parfois jusqu’à six semaines de port avant une amélioration. Elle se trouve en pharmacie ou chez un orthésiste, en version préfabriquée ou moulée sur mesure. Alléger les tâches qui déclenchent les symptômes et multiplier les pauses complètent cette étape, parfois avec l’aide d’un kinésithérapeute.
L’infiltration, un relais d’efficacité variable
Quand l’attelle ne suffit plus, le médecin peut proposer une infiltration de corticoïdes dans le canal. Elle réduit l’inflammation des gaines tendineuses et soulage souvent pendant quelques semaines, parfois plus longtemps. Le NHS précise que les symptômes peuvent revenir après quelques mois. La réponse à l’injection, nette ou brève, aide aussi le médecin à décider de la suite.
La chirurgie, quand la compression persiste
L’intervention consiste à sectionner le ligament annulaire antérieur du carpe, qui forme le toit du tunnel, pour redonner de la place au nerf. Cette décompression chirurgicale se pratique à ciel ouvert, par une courte incision dans la paume, ou par voie endoscopique, à travers une ou deux petites incisions. Selon le NHS, elle dure environ vingt minutes, sous anesthésie locale, sans nuit passée à l’hôpital.
Les suites obéissent à un fil assez constant :
- un pansement pendant quelques jours, avec des doigts à mobiliser tôt selon les consignes du chirurgien ;
- une cicatrice sensible plusieurs semaines, et un appui sur le talon de la main d’abord inconfortable ;
- des fourmillements nocturnes qui s’atténuent en général rapidement, alors que la force et la sensibilité reviennent plus lentement, surtout après une compression ancienne ;
- un retour aux activités habituelles qui peut demander un mois d’après le NHS, et une reprise du travail qui dépend du poste et de la main opérée.
Une gêne résiduelle reste possible ; des symptômes qui persistent ou reviennent justifient un nouveau bilan.
Au travail : prévenir et faire reconnaître un canal carpien
La prévention vise d’abord le poste, pas seulement la personne. L’INRS recommande d’agir sur l’organisation du travail, l’aménagement des postes, le choix des outils et des équipements, et la formation des salariés.
Desserrer l’étau sur le poignet
En pratique, cela donne :
- garder le poignet dans l’axe de l’avant-bras, sans le casser vers le haut ni vers le petit doigt ;
- supprimer les appuis du talon de la main sur un rebord dur ou le manche d’un outil ;
- choisir des outils à poignée épaisse, adaptés à la main, et limiter les vibrations ;
- alterner les tâches pour rompre les séries de gestes identiques ;
- ménager des pauses courtes et régulières, calées sur l’activité réelle ;
- garder les mains au chaud dans les ambiances froides.

Au bureau, la souris et l’appui des avant-bras méritent la même attention. Les réglages d’un poste de travail sur écran détaillent la hauteur du plan, la position de la souris et celle des épaules.
Le tableau 57 et la déclaration
Dans la version publiée par l’INRS, le syndrome du canal carpien figure au tableau 57 du régime général, celui des affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail. Ce tableau retient un délai de prise en charge de 30 jours et une liste limitative de travaux, ceux qui comportent de façon habituelle les gestes, appuis et pressions décrits plus haut. Ces conditions remplies, la maladie bénéficie d’une présomption d’origine professionnelle, ce qui facilite sa reconnaissance en maladie professionnelle.
Côté démarches, le portail officiel Service Public rappelle que la déclaration s’adresse à la CPAM, ou à la MSA, dans les 15 jours qui suivent le début de l’arrêt de travail, avec le certificat médical initial. Passé ce délai, elle reste possible pendant 2 ans selon les situations. La caisse dispose ensuite de 120 jours, à compter de la réception du dossier complet, pour se prononcer. En parallèle, le médecin du travail peut proposer un aménagement du poste ou une reprise progressive.
Prochaine étape : notez pendant deux semaines les nuits où vos doigts vous réveillent, les doigts concernés et les gestes de la journée qui ont précédé, puis apportez ce relevé à votre médecin. Il y trouvera des indices utiles pour l’examen.
