Le névrome de Morton est l’épaississement d’un nerf sensitif de l’avant-pied, irrité dans l’étroit tunnel qui sépare deux têtes métatarsiennes, le plus souvent entre le troisième et le quatrième orteil. Il provoque des douleurs vives, parfois en décharge électrique, que la marche en chaussures serrées réveille. Le diagnostic et le choix du traitement reviennent au médecin.
Névrome de Morton : un nerf comprimé entre deux métatarsiens
Les orteils doivent leur sensibilité aux nerfs plantaires interdigitaux. Juste avant de se diviser pour innerver deux orteils voisins, chacun de ces nerfs traverse un tunnel fibreux logé entre les têtes métatarsiennes, que l’Association française de chirurgie du pied et de la cheville (AFCP) appelle le canal métatarsien.
Le problème naît à chaque pas. Au moment où le pied pousse sur le sol pour propulser le corps, le nerf est pincé dans ce canal, et une chaussure étroite resserre l’étau. La fiche d’information patient n° 14 de l’AFCP décrit la suite : irritation, épaississement progressif, puis apparition d’un renflement. C’est cet aspect épaissi qui porte le nom de névrome.
Le service public de santé britannique, le NHS, situe l’atteinte le plus souvent sur le nerf qui court entre le troisième et le quatrième orteil. La même affection circule sous plusieurs noms : syndrome de Morton, maladie de Morton ou névralgie intermétatarsienne, l’intitulé retenu par la société savante française.
Un nom qui inquiète plus qu’il ne devrait
Le suffixe évoque une tumeur, et la question d’un lien avec un cancer revient souvent dans les recherches. Les définitions publiées décrivent pourtant une réaction du nerf à une agression mécanique répétée : l’AFCP parle d’un nerf épaissi ou renflé par l’irritation, le NHS d’un épaississement des tissus autour d’un nerf irrité ou abîmé. Seul le médecin confirme la nature d’une lésion, imagerie à l’appui.
L’AFCP précise enfin qu’un même pied peut porter plusieurs névromes, et que les deux pieds peuvent être touchés en même temps.
Les signes qui orientent vers une névralgie de Morton
La douleur typique siège sous l’avant-pied et entre deux orteils. D’après l’AFCP, elle est souvent ressentie comme une décharge électrique, avec plusieurs traits caractéristiques :
- une douleur violente sous et entre les orteils concernés, qui peut filer vers leur extrémité ou remonter vers la cheville ;
- des fourmillements, ou une sensibilité diminuée entre les deux orteils ;
- une impression de caillou ou de petite boule coincée sous le pied, signalée par le NHS ;
- une gêne déclenchée par la marche ou la station debout prolongée, surtout dans des chaussures serrées ;
- un soulagement net quand la personne se déchausse et masse son pied pendant la crise.
Ce dernier point aide souvent à reconnaître la douleur de Morton. La chaussure comprime l’avant-pied, la compression réveille le nerf, et le retrait de la chaussure relâche la pression.
Ce qui la distingue des autres douleurs de l’avant-pied
Toutes les douleurs sous les orteils ne viennent pas d’un nerf. La fiche n° 13 de l’AFCP, consacrée aux métatarsalgies mécaniques, décrit des douleurs liées à un excès de contraintes sous les têtes métatarsiennes, souvent accompagnées de durillons, qui apparaissent à l’appui et disparaissent le plus souvent au repos et la nuit. L’examen de l’appui plantaire sert justement, selon ce document, à écarter une origine neurologique comme la maladie de Morton.
D’autres affections voisines brouillent les pistes. Un hallux valgus et sa déformation du gros orteil peut coexister avec un névrome et modifier la répartition des appuis. Une douleur concentrée au talon, vive au premier pas du matin, oriente plutôt vers une fasciite plantaire, qui touche une tout autre structure du pied. Faire le tri entre ces causes revient au médecin.

Chaussage, sport et forme du pied : ce qui entretient la compression
Le névrome de Morton ne s’attrape pas : il s’installe à force de pressions répétées sur le même nerf. Les sources consultées convergent sur les principaux facteurs favorisants :
- les chaussures étroites ou à bout pointu, qui serrent les têtes métatarsiennes les unes contre les autres ;
- les talons hauts, qui reportent le poids du corps vers l’avant du pied ;
- les semelles fines, que le NHS déconseille ;
- la course à pied, les sauts et les activités qui sollicitent fortement l’avant-pied, cités par le NHS ;
- certaines formes de pied ou déformations associées : pied plat, pied creux, oignon, orteils en marteau ;
- une raideur des chaînes musculaires postérieures, que l’AFCP range parmi les éléments qui aggravent l’appui sur l’avant-pied.
Le chaussage occupe une place à part parce qu’il agit sur la compression elle-même. Un bout large laisse les métatarsiens s’écarter, un talon bas limite le report du poids vers l’avant. Les personnes dont l’avant-pied est large trouveront des repères concrets dans ce guide des chaussures orthopédiques pour pieds larges.
Comment le médecin pose le diagnostic
L’examen clinique reste la base. D’après l’AFCP, le praticien cherche d’abord à localiser précisément la douleur, puis utilise des tests spécifiques pour situer le ou les névromes. Il recherche aussi une baisse de sensibilité des commissures, ces petits espaces de peau situés entre les orteils.
Le même examen explore le reste du pied, car la maladie de Morton s’associe souvent à d’autres troubles. Un hallux valgus, des métatarsalgies, une raideur des muscles postérieurs de la jambe ou un pied creux peuvent l’accompagner et peser sur le choix du traitement.
Trois examens d’imagerie, trois rôles
Selon la fiche de l’AFCP, le médecin ou le chirurgien peut prescrire :
- une échographie, pour visualiser le renflement du nerf ou sa compression par une structure voisine ;
- une IRM (imagerie par résonance magnétique), dans le même but ;
- une radiographie du pied, fréquemment réalisée pour éliminer une pathologie osseuse ou articulaire.
Ces examens servent aussi à repérer les affections souvent associées au névrome et à le distinguer de maladies aux signes proches.
Les prises en charge décrites par les chirurgiens du pied
La fiche de l’AFCP présente les traitements dans un ordre gradué, décrit ci-dessous tel que la société savante l’expose ; leur choix et leur intérêt pour un patient donné se décident en consultation.
Chaussures adaptées et semelles orthopédiques
Première étape recommandée : des chaussures à bout large qui ne compriment pas l’avant du pied, et l’abandon des talons. Des semelles orthopédiques peuvent ensuite être prescrites, réalisées par un pédicure-podologue, adaptées à la morphologie et portées systématiquement dans les chaussures. Leur but, selon l’AFCP : diminuer les pressions répétées sur le nerf, donc son irritation.
Le NHS mentionne aussi des semelles souples ou des coussinets glissés dans la chaussure. Les étapes de la prescription et de la prise en charge par l’Assurance Maladie sont détaillées dans notre article sur l’ordonnance de semelles orthopédiques.

L’infiltration de corticoïdes
Une ou plusieurs infiltrations de corticoïdes peuvent être pratiquées pour diminuer ou faire disparaître les signes. Quand elles agissent, le soulagement peut être temporaire ou définitif. L’AFCP ajoute une réserve claire : ces traitements ne permettent pas toujours de contrôler la douleur et restent inefficaces chez une partie des patients.
Les recherches sur un traitement naturel ou une alimentation particulière reviennent souvent. Ni la fiche de l’AFCP ni la page du NHS ne décrivent de régime spécifique ; le NHS cite seulement la perte de poids en cas de surpoids parmi les mesures générales. L’origine mécanique de la compression explique pourquoi les premières mesures portent sur le chaussage et l’appui.
La chirurgie, quand la douleur persiste
Si les douleurs résistent, le chirurgien peut proposer une opération du névrome. Deux principes coexistent :
- la neurolyse, qui libère le nerf de sa compression sans le retirer ;
- la neurectomie, qui enlève le nerf responsable des douleurs.
Pour la neurolyse, l’AFCP indique une cicatrice d’environ 4 à 5 cm en général, sur le dessus du pied, entre les orteils ou sous la plante, ou bien des mini-incisions en chirurgie percutanée ; une technique endoscopique existe aussi. La neurectomie entraîne fréquemment une perte ou une baisse de sensibilité de l’espace entre les orteils concernés, puisque le nerf sensitif est retiré. Quand un trouble de l’architecture de l’avant-pied entretient l’irritation, des ostéotomies métatarsiennes peuvent être proposées.
Toute opération comporte des risques, que la fiche détaille : persistance des symptômes, névrome cicatriciel dans de rares cas, infection, troubles de cicatrisation, phlébite. Le tabac en favorise plusieurs, et l’AFCP recommande un arrêt complet six semaines avant l’intervention et six semaines après.
Après l’intervention : chaussure, soins et arrêt de travail
L’hospitalisation se déroule en ambulatoire, sur une journée, ou dure quelques jours selon la situation médicale et sociale. Les suites dépendent du protocole du chirurgien, mais la fiche de l’AFCP en trace les grandes lignes :
- une chaussure postopératoire spécifique, le plus souvent prescrite ;
- des soins de cicatrice prévus en moyenne sur quinze jours à un mois ;
- un œdème du pied et des orteils habituel, qui peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et obliger à adapter les chaussures ;
- une conduite automobile fortement déconseillée tant que la chaussure médicale est portée.
L’arrêt de travail, question fréquente autour du névrome de Morton, est généralement nécessaire après l’opération. L’AFCP en situe la durée moyenne entre un et trois mois, selon l’activité professionnelle et les gestes réalisés ; une correction osseuse associée demande en général trois mois de consolidation. Avant toute intervention, un arrêt éventuel relève de la seule appréciation du médecin.
Les avis en ligne racontent des parcours singuliers. La fiche fixe un but, soulager et au mieux supprimer la douleur, et rappelle qu’aucune chirurgie n’est anodine : la balance entre bénéfice attendu et risques se pèse avec le chirurgien.

Quand consulter, et quel professionnel voir
Le NHS recommande de consulter un médecin généraliste dans plusieurs situations :
- une douleur intense, ou qui empêche les activités habituelles ;
- une douleur qui s’aggrave ou qui revient ;
- une douleur qui ne s’améliore pas après deux semaines de mesures prises chez soi ;
- des fourmillements, une faiblesse ou un engourdissement du pied ;
- une douleur apparue après une blessure récente ou une opération du pied ou de la cheville.
L’AFCP rappelle de son côté qu’en l’absence de traitement, les douleurs évoluent vers l’aggravation, avec une gêne croissante à la marche et au chaussage.
Le parcours passe en général par trois interlocuteurs. Le médecin traitant examine le pied, prescrit l’imagerie utile et oriente. Le pédicure-podologue réalise les semelles prescrites et suit l’appui. Le chirurgien orthopédiste formé au pied prend le relais quand les traitements de première intention ne suffisent plus et qu’une opération se discute. Les titres de chacun, et ce qu’ils autorisent, sont présentés dans notre article sur les titres de spécialiste des pieds.
Au quotidien, préparer la consultation
Face au médecin, une névralgie de Morton se décrit mieux avec des faits qu’avec des impressions. Avant le rendez-vous, quelques observations simples donnent au médecin une base de travail :
- les chaussures portées au moment des crises, et celles qui ne posent aucun problème ;
- les activités qui déclenchent la douleur : marche longue, station debout, course, montée d’escaliers ;
- la localisation exacte, entre quels orteils, et sur un pied ou les deux ;
- les sensations associées, fourmillements ou engourdissement.
Prochaine étape : noter pendant une semaine les chaussures portées et les moments de douleur, puis présenter ce relevé à votre médecin traitant.
