Santé Orthopédique

Pied plat chez l'adulte : causes, signes et solutions

9 min de lecture
Pied plat chez l'adulte : causes, signes et solutions

Le pied plat chez l’adulte correspond à une arche interne affaissée : debout, la plante touche le sol sur presque toute sa largeur. Souvent indolore, il devient un problème médical quand il fait mal ou se déforme, parce que les tendons et les ligaments qui tiennent la voûte s’usent. Semelles, rééducation, puis chirurgie en dernier recours forment les solutions.

Pied plat chez l’adulte : quand l’arche interne s’affaisse

Vu de côté, un pied d’adulte dessine une voûte sur son bord interne. Chez la personne au pied plat valgus, cette cambrure s’efface. La fiche d’information patient n° 6 de l’Association française de chirurgie du pied et de la cheville (AFCP) y associe souvent un talon qui bascule vers l’extérieur et un avant-pied qui s’écarte.

Deux structures tiennent cette voûte comme des haubans. Le tendon tibial postérieur, « clef de voûte » de l’arche médiale selon l’AFCP, longe le bord interne de la cheville avant de s’attacher sous le pied. Le ligament calcanéo-naviculaire plantaire, ou spring ligament, retient le talus, qui sinon glisse vers l’intérieur.

Une morphologie avant d’être une maladie

L’AFCP pose un repère clair : le pied plat valgus est une morphologie, qui ne devient pathologique qu’avec l’apparition de douleurs. Beaucoup d’adultes vivent avec des pieds plats sans jamais consulter. D’autres voient leur voûte s’affaisser à l’âge adulte, après une blessure, une maladie ou l’usure des articulations.

Souple ou rigide, une distinction décisive

L’examen cherche d’abord à savoir si la déformation se corrige. Un pied plat souple, dit réductible, se laisse remettre dans l’axe à la main. Un pied plat rigide reste figé. L’AFCP fait de cette souplesse un critère central, et réserve plusieurs techniques chirurgicales aux seules formes réductibles.

Une raideur inattendue fait parfois découvrir une coalition du tarse, pont anormal entre deux os de l’arrière-pied décrit par la fiche n° 22 de l’AFCP. Elle donne le plus souvent une morphologie de pied plat et peut ne se révéler qu’à l’âge adulte, par des entorses à répétition.

D’où vient un pied plat apparu à l’âge adulte

L’AFCP range les pieds plats qui ne datent pas de l’enfance en plusieurs familles :

  • les causes traumatiques, après une fracture ou une entorse ;
  • les causes neurologiques ;
  • les causes métaboliques, dont le diabète et l’obésité ;
  • les causes dégénératives, les plus fréquentes selon la fiche, avec l’arthrose au premier plan.

Point commun de ces origines, selon la société savante : les ligaments et les tendons sont les premiers à se distendre et à souffrir. Le pied plat acquis commence donc par des tissus mous qui lâchent ; le médio-pied s’aplatit ensuite et le talon bascule. Ces facteurs peuvent se cumuler chez une même personne, un poids élevé ajoutant de la charge à chaque pas.

Le tendon tibial postérieur, premier hauban à céder

La souffrance du tendon tibial postérieur illustre ce mécanisme. L’AFCP décrit une progression par étapes : tendinite, puis ténosynovite, une inflammation de la gaine du tendon, et enfin rupture dans les stades les plus évolués. Le spring ligament se distend à son tour. La fiche relève aussi qu’un tendon d’Achille trop court s’associe souvent à l’affaissement, un détail qui pèse sur le choix des exercices et du geste chirurgical.

Douleur, chaussures usées : les signes qui doivent alerter

La douleur reste le motif habituel de consultation, d’après l’AFCP. Elle siège sur la face interne de la cheville, le long du tendon tibial postérieur, ou en avant de la malléole externe. D’autres indices se remarquent au quotidien :

  • une surface d’appui élargie côté interne ;
  • un talon qui part vers l’extérieur quand vous observez vos chevilles de dos ;
  • des chaussures déformées, au talon usé sur le bord interne, détail relevé par la fiche n° 6 ;
  • une gêne croissante à la marche et au chaussage.

Une empreinte de pied mouillé donne un indice, sans valeur de diagnostic. Une douleur sous le talon, vive aux premiers pas du matin, évoque plutôt une fasciite plantaire, autre cause de douleur du pied.

Sans traitement, une déformation qui progresse

Laissé sans soins, un pied plat douloureux évolue, selon l’AFCP : la douleur et la gêne à la marche s’amplifient, les tendons peuvent rompre et les ligaments perdent leur rôle mécanique. Dans certains cas, la cheville évolue vers une arthrose douloureuse, qui peut imposer un blocage de l’articulation ou une prothèse.

Chaussures de marche en cuir brun aux talons usés sur le bord interne, posées sur un parquet

Examen debout et radiographies en charge : établir le diagnostic

L’examen clinique fait l’essentiel du travail, selon l’AFCP. Le praticien observe le pied debout, teste la souplesse de la déformation, la fonction du tendon tibial postérieur et les ligaments internes de la cheville. Apportez vos chaussures habituelles : leur usure renseigne sur votre appui.

Chaque examen complémentaire répond à une question précise :

  • les radiographies en charge, prises sous le poids du corps, montrent l’affaissement de la voûte et des articulations trop lâches ;
  • des radiographies en stress, en forçant le mouvement du pied, dépistent un jeu articulaire anormal ;
  • l’échographie ou l’IRM renseignent sur les tendons et les ligaments ;
  • le scanner recherche une anomalie osseuse, une coalition ou de l’arthrose.

Quel professionnel voir pour des pieds plats douloureux

Le médecin traitant reste le premier interlocuteur : il examine, prescrit les radiographies et vous adresse au bon praticien. Le pédicure-podologue réalise un bilan de l’appui et confectionne les orthèses plantaires. Le chirurgien orthopédiste spécialisé dans le pied et la cheville intervient quand la douleur persiste ou que la déformation s’aggrave ; le kinésithérapeute assure la rééducation, avant comme après une éventuelle opération.

Semelles, rééducation, chaussage : soulager sans opérer

La fiche n° 6 de l’AFCP énumère les traitements non chirurgicaux du pied plat valgus :

  • des orthèses plantaires, c’est-à-dire des semelles orthopédiques ;
  • de la rééducation ;
  • parfois une infiltration, de cortisone ou de plasma riche en plaquettes ;
  • une chevillière ou un strapping, ce bandage adhésif qui maintient le pied ;
  • la lutte contre les facteurs favorisants comme l’obésité ;
  • une adaptation, voire un arrêt, de certaines activités physiques.

Orthèses plantaires : soutenir l’arche au quotidien

Une semelle orthopédique sur mesure soutient l’arche interne et répartit l’appui pendant la marche. Elle soulage ; l’AFCP réserve en revanche le mot correction aux techniques chirurgicales. Les rôles de chaque professionnel qui la conçoit sont détaillés dans le guide sur qui fabrique les semelles orthopédiques.

Une rééducation taillée pour chaque pied

Le kinésithérapeute adapte les séances à la souplesse du pied et aux structures qui souffrent : renforcement des muscles qui tiennent l’arche, équilibre, étirement du mollet quand le tendon d’Achille manque de longueur. Aucun programme type ne vaut pour tous les pieds plats.

Bande élastique verte passée sous un pied en chaussette pour un exercice de rééducation

Des chaussures qui tiennent le talon

L’AFCP cite l’adaptation du chaussage parmi les mesures de première intention dans sa fiche sur les coalitions du tarse, sans détailler de modèle. Ces repères servent de base de discussion avec votre podologue :

  • un contrefort ferme, qui enveloppe le talon et limite sa bascule ;
  • une semelle stable et assez large ;
  • un volume intérieur suffisant pour glisser une orthèse ;
  • un laçage ou une fermeture réglable.

Opérer un pied plat : techniques et suites

La chirurgie se discute quand la douleur résiste aux traitements bien conduits. Pour les formes réductibles, l’AFCP décrit des techniques dites conservatrices, souvent combinées :

  • l’ostéotomie de translation médiale du calcanéum, qui replace le talon sous l’axe de la jambe ;
  • l’ostéotomie d’allongement du calcanéum, ou technique d’Evans, qui ramène l’avant-pied en dedans ;
  • l’arthrorise, un implant temporaire placé entre le talus et le calcanéum ;
  • des gestes sur les tendons et les ligaments : allongement du tendon d’Achille, réparation ou transfert du tendon tibial postérieur, plastie du spring ligament.

Les formes très évoluées ou arthrosiques relèvent plutôt des arthrodèses, qui bloquent définitivement deux ou trois articulations de l’arrière-pied. Les principes communs aux opérations du pied sont exposés dans l’article sur la chirurgie des pieds et ses techniques.

Intervention et récupération : des suites longues

D’après la fiche n° 6, l’intervention dure en moyenne entre trente minutes et deux heures. Une immobilisation suit pendant plusieurs semaines, avec ou sans appui. L’AFCP situe la reprise des activités physiques vers le troisième à sixième mois, parfois bien plus tard. Deux points de la même fiche méritent votre attention :

  • une ostéotomie consolide habituellement en six à huit semaines ;
  • l’arrêt complet du tabac est recommandé six semaines avant l’opération et six semaines après.

Botte de marche orthopédique noire posée au pied d’un lit, près d’un coussin de surélévation

Prochaine étape : si votre voûte plantaire fait mal, notez pendant une semaine où siège la douleur et quelles chaussures la déclenchent, puis montrez ce relevé à votre médecin traitant.

Pied plat : les questions des patients

Un pied plat qui ne fait pas mal doit-il être soigné ?

Pas systématiquement. La fiche n° 6 de l’Association française de chirurgie du pied et de la cheville présente le pied plat valgus comme une morphologie, pathologique seulement quand des douleurs apparaissent. Pour les coalitions du tarse sans symptôme, la fiche n° 22 indique qu’aucun traitement n’est habituellement proposé, hormis parfois des semelles et des conseils de chaussage. Une douleur nouvelle ou une déformation qui s’accentue justifient en revanche un avis médical.

Les semelles orthopédiques peuvent-elles redresser la voûte plantaire ?

La société savante des chirurgiens du pied range les orthèses plantaires parmi les traitements non chirurgicaux, aux côtés de la rééducation, et réserve le terme de correction aux techniques opératoires. Chez l’adulte, la semelle soutient l’arche et répartit l’appui tant qu’elle est portée. Après une opération, la même fiche signale qu’un trouble postural résiduel peut encore justifier des orthèses plantaires, voire des chaussures spéciales.

Les deux pieds plats s’opèrent-ils en une seule fois ?

En général, non. La fiche n° 6 de l’AFCP indique que, même en cas de pied plat valgus des deux côtés, opérer les deux pieds en même temps n’est le plus souvent pas recommandé. Le patient conserve un pied d’appui pendant la récupération du premier. Le délai entre les deux interventions dépend de la consolidation, de la reprise de la marche et du protocole du chirurgien.

Perdre du poids soulage-t-il un pied plat douloureux ?

La fiche n° 6 de l’AFCP cite l’obésité parmi les causes métaboliques du pied plat acquis et range la lutte contre ce facteur parmi les traitements non chirurgicaux. Moins de poids, c’est moins de charge sur des tendons et des ligaments déjà distendus. Cette démarche ne remplace pas les semelles ni la rééducation : elle les complète, avec un objectif fixé par le médecin selon votre état de santé.

Mots-clés

pied plat acquis de l'adulte pied plat valgus douloureux tendon tibial postérieur et pied plat radiographie du pied en charge traiter un pied plat sans opération