La scoliose adulte désigne une colonne vertébrale déviée de plus de 10 degrés chez une personne dont la croissance est terminée. Elle prolonge une scoliose de l’adolescence ou naît de l’usure du dos avec l’âge. Douleur lombaire, raideur et buste qui penche en sont les signes habituels ; le traitement commence presque toujours sans chirurgie.
Scoliose adulte : une courbure, deux origines
Vue de dos, une colonne saine trace une ligne droite de la nuque au bassin. Dans une scoliose, elle s’incurve sur le côté et ses vertèbres pivotent sur elles-mêmes : la déformation se joue dans les trois plans de l’espace, à la différence d’une mauvaise posture que la personne efface en se redressant.
Une revue de référence publiée en 2005 dans l’European Spine Journal parle de scoliose de l’adulte à partir d’une courbure supérieure à 10 degrés, mesurée en angle de Cobb sur une radiographie, chez une personne au squelette mature. Elle distingue deux grandes familles, auxquelles s’ajoutent des formes secondaires, liées par exemple à un bassin oblique ou à une maladie de l’os.
La scoliose de jeunesse qui poursuit sa route
Une partie des adultes concernés vivent avec une scoliose découverte à l’adolescence, dite idiopathique faute de cause identifiée. Une étude américaine parue en 1983 dans le Journal of Bone and Joint Surgery a suivi 102 patients pendant 40 ans et demi en moyenne : plus des deux tiers des courbures avaient progressé après la fin de la croissance. Celles qui mesuraient entre 50 et 75 degrés à ce moment, surtout au niveau du thorax, évoluaient le plus ; sous 30 degrés, elles avaient tendance à rester stables. L’angle relevé à la fin de l’adolescence garde donc toute sa valeur des décennies plus tard.
La scoliose dégénérative, fruit de l’usure
L’autre famille touche des adultes au dos jusque-là droit. Cette scoliose dégénérative, dite de novo, siège surtout dans la région lombaire. La revue de l’European Spine Journal décrit un cercle vicieux : disques et petites articulations vertébrales s’usent de façon inégale, la charge se reporte vers le côté le plus abîmé, et l’usure comme la déformation s’accentuent. Selon la même revue, l’ostéoporose accélère le phénomène, en particulier chez la femme après la ménopause, d’où l’intérêt de surveiller la solidité des os passé 60 ans.
Dans une étude publiée en 2005 dans la revue Spine, 68 % des 75 volontaires examinés, âgés de 60 à 90 ans, présentaient une courbure de plus de 10 degrés.
Douleur, raideur, déséquilibre : les signes d’une colonne déviée
La courbure en elle-même ne fait pas mal : ce sont ses retentissements sur les disques, les articulations, les muscles et les nerfs qui font souffrir. Le service public de santé du Royaume-Uni (NHS) relève que la douleur de dos est plus fréquente chez les adultes atteints que chez les enfants. Après cinquante ans de suivi, une étude de la même équipe américaine, publiée dans le JAMA en 2003, retrouvait des douleurs de dos chroniques chez 61 % des patients jamais traités, contre 35 % chez des personnes du même âge sans scoliose ; ces douleurs restaient le plus souvent légères à modérées.

Les plaintes qui reviennent le plus souvent :
- une douleur du bas du dos qui grimpe au fil de la station debout et de la marche, puis se calme assis ou allongé ;
- une raideur lombaire au réveil, lente à se dissiper ;
- des jambes lourdes ou engourdies après une certaine distance de marche, qui obligent à s’arrêter ou à se pencher en avant : la signature d’un canal lombaire rétréci ;
- un buste qui part vers l’avant ou sur le côté, avec des muscles du dos vite épuisés à le retenir ;
- une taille qui diminue, une hanche plus saillante, un pli de taille creusé d’un seul côté ;
- un essoufflement à l’effort, propre aux très grandes courbures du thorax.
L’étude du JAMA reliait cette gêne respiratoire aux courbures de plus de 80 degrés dont le sommet se situe au thorax.
Le déséquilibre sagittal se lit de profil, où le tronc devrait se tenir à l’aplomb du bassin. Quand les lombaires perdent leur cambrure naturelle, le buste bascule vers l’avant ; le corps compense en fléchissant les genoux et en faisant basculer le bassin, au prix d’une fatigue rapide en position debout.
Une douleur qui descend le long d’une jambe jusqu’au pied ne vient pas forcément de la courbure : une sciatique par hernie discale donne un tableau proche, et seul le bilan départage les deux.
Quand une jambe faiblit ou que la vessie s’en mêle
Quatre situations relèvent d’une consultation en urgence :
- une jambe qui perd sa force ou un pied qui accroche le sol en marchant ;
- un engourdissement entre les cuisses ou autour des organes génitaux ;
- des fuites urinaires, une impossibilité d’uriner ou une perte du contrôle des selles ;
- une douleur intense la nuit, avec fièvre ou amaigrissement inexpliqué.
Radiographie du rachis entier et angle de Cobb : le bilan
Le parcours démarre en général chez le médecin traitant, qui adresse ensuite à un rhumatologue, à un spécialiste de rééducation (médecine physique) ou à un chirurgien du rachis selon la situation. L’examen se fait debout, de dos : hauteur des épaules, plis de taille, position du bassin, longueur des jambes. Penché en avant, bras pendants, le dos révèle une gibbosité, ce relief créé par la rotation des vertèbres. Le médecin teste aussi la force, les réflexes et la sensibilité des jambes.
L’imagerie de référence reste la radiographie du rachis entier, prise debout, de face et de profil, de la base du crâne jusqu’aux hanches. Debout, et non couché : la pesanteur montre la courbure telle que le dos la porte au quotidien. Certains centres disposent d’un système d’imagerie à faible dose qui capte le squelette entier en une seule acquisition.

Sur le cliché de face, le médecin mesure l’angle entre les deux vertèbres les plus inclinées aux extrémités de la courbure. Le cliché de profil renseigne sur l’équilibre du tronc au-dessus du bassin, souvent plus parlant que l’angle pour expliquer la gêne.
Un angle ne mesure pas la douleur : l’étude publiée dans Spine en 2005 ne trouvait aucune corrélation significative entre les mesures radiographiques et l’intensité de la douleur des volontaires. La gravité d’une scoliose se juge donc sur un faisceau d’éléments :
- l’évolution de la courbure d’un cliché à l’autre ;
- l’équilibre du tronc, de face comme de profil ;
- la présence de signes nerveux dans les jambes ;
- le retentissement sur la marche, le sommeil et les activités ;
- la qualité de l’os.
L’IRM complète le bilan quand les jambes souffrent ou avant une chirurgie, le scanner précise la forme des vertèbres, et l’ostéodensitométrie mesure la densité osseuse si une fragilité est suspectée.
Soigner une colonne déviée sans passer par le bloc
Le traitement d’une scoliose installée vise la douleur, l’autonomie et l’endurance du dos, pas un redressement complet de la colonne. Le NHS le rappelle : beaucoup de personnes n’ont besoin d’aucun traitement, et seule une petite partie passe par la chirurgie.
Bouger et rééduquer la posture
Le NHS juge l’exercice physique bon pour la santé générale et estime qu’il ne doit pas être évité, sauf avis contraire du médecin ; les activités qui renforcent et étirent le dos peuvent aider à réduire la douleur. Marche nordique, natation, vélo, gymnastique douce : la meilleure activité reste celle que vous pratiquerez semaine après semaine.
La kinésithérapie spécifique de la scoliose, dont la méthode Schroth est la plus connue, associe autocorrection posturale, respiration orientée vers le côté creux du thorax, renforcement des muscles profonds du tronc et travail d’équilibre. Le NHS reste prudent : rien ne démontre clairement que des exercices du dos corrigent la courbure. Chez l’adulte, leur intérêt tient ailleurs : mieux tenir debout, retarder la fatigue, garder la souplesse des hanches et du dos, avec un programme court à reproduire chez vous.

Quand une jambe plus courte fait basculer le bassin, une partie de la courbure lombaire peut en découler. Le médecin évalue alors l’intérêt d’une compensation sous le talon, talonnette ou semelles prescrites sur ordonnance, pour remettre le bassin à niveau.
Corset, antalgiques, infiltrations : des appuis ponctuels
Chez l’enfant, le corset sert à freiner l’aggravation pendant la croissance. Chez l’adulte, il ne redresse pas la colonne ; le NHS le dit peu utilisé à cet âge, tout en notant qu’il peut soulager la douleur. Quand il est proposé, ses moments et sa durée de port se décident avec le prescripteur. Un corset sur mesure est fabriqué par un orthoprothésiste sur prescription ; son coût dépend du modèle, et la part prise en charge se vérifie avant la commande.
Antalgiques et anti-inflammatoires se prennent sur avis médical. Les infiltrations de corticoïdes associés à un anesthésique local ciblent une articulation vertébrale ou une racine nerveuse irritée ; selon le NHS, leur bénéfice dure en général quelques semaines ou quelques mois, une fenêtre de répit à mettre à profit pour reprendre le mouvement.
Chirurgie et suivi : décider sur le long terme
D’après le NHS, la chirurgie se discute quand la courbure est sévère ou s’aggrave nettement, ou quand une douleur importante résiste aux autres traitements. Une compression des nerfs qui progresse pèse aussi dans la décision. Deux gestes, souvent combinés :
- la décompression, qui libère les nerfs comprimés dans un canal rétréci ;
- la fusion, qui soude deux vertèbres ou plus à l’aide de tiges et de vis, après une correction partielle de la courbure.
Cette arthrodèse vertébrale a une contrepartie définitive : le segment soudé ne bouge plus. La revue de l’European Spine Journal plaide pour des indications précises et des gestes taillés pour chaque patient.
Le NHS cite parmi les complications possibles une douleur qui ne diminue pas, une infection de la cicatrice, un caillot de sang et, plus rarement, une atteinte des nerfs de la colonne. La récupération complète peut demander un an, parfois davantage : un second avis chirurgical aide à peser le pour et le contre.
Vivre avec une scoliose au fil des décennies
L’étude du JAMA de 2003 apporte un repère rassurant. Après une cinquantaine d’années de suivi, les 117 patients jamais traités, âgés de 66 ans en moyenne, restaient pour la plupart actifs et autonomes, avec une probabilité de survie d’environ 0,55, proche des 0,57 attendus dans la population générale. La scoliose de l’adulte n’y réduisait donc pas l’espérance de vie ; seules les très grandes courbures thoraciques pesaient sur la respiration.
Le médecin fixe l’intervalle entre deux radiographies selon l’évolution. Certains changements justifient de le revoir plus tôt :
- une perte de taille nette d’une année sur l’autre ;
- un buste qui penche davantage, sur le côté ou vers l’avant ;
- une distance de marche qui raccourcit à cause des jambes ;
- une douleur qui change de caractère ou réveille la nuit.
Avant votre prochaine consultation, retrouvez vos anciennes radiographies du dos, y compris celles de l’adolescence si elles existent, et mesurez votre taille pieds nus, dos contre un mur. Des clichés pris à plusieurs années d’écart renseignent mieux sur l’évolution de votre courbure qu’un angle mesuré un seul jour.
