Santé Orthopédique

Tendinite de l'épaule : la coiffe des rotateurs

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Tendinite de l'épaule : la coiffe des rotateurs

La tendinite de l’épaule correspond le plus souvent à une souffrance de la coiffe des rotateurs, ces quatre tendons qui plaquent la tête de l’humérus contre l’omoplate. Douleur nocturne et arc douloureux au lever du bras la signalent. Repos relatif, kinésithérapie et reprise progressive suffisent en général ; la chirurgie concerne surtout certaines ruptures.

Quatre tendons dans un passage étroit

L’épaule sacrifie la stabilité à l’amplitude. Sa tête humérale, large et ronde, repose sur une glène à peine creusée, comme une balle sur une soucoupe. Des muscles, et non des os, la maintiennent centrée quand le bras se lève ou porte une charge.

Quatre d’entre eux forment la coiffe. Leurs tendons s’unissent en une nappe qui enveloppe le haut de l’humérus :

  • le sus-épineux, ou supra-épineux, qui accompagne l’élévation du bras sur le côté ;
  • le sous-épineux, ou infra-épineux, principal rotateur externe ;
  • le petit rond, qui l’assiste dans cette rotation ;
  • le sous-scapulaire, placé en avant, qui tourne le bras vers l’intérieur.

Le tendon du sus-épineux est le plus exposé. Il glisse sous l’acromion, la saillie osseuse du haut de l’épaule, dans un espace que chaque élévation du bras rétrécit. Frottement après frottement, ses fibres s’abîment.

Les médecins parlent plus volontiers de tendinopathie que de tendinite, car un tendon qui souffre depuis des semaines montre surtout des fibres désorganisées et fragilisées. Deux formes particulières existent : la tendinopathie calcifiante, avec un dépôt de calcium dans le tendon, et la rupture, partielle ou transfixiante.

Bras levés, charges, âge : les causes d’une tendinite de l’épaule

Trois familles de facteurs se combinent le plus souvent : la répétition des gestes au-dessus de l’horizontale, les efforts en bras tendu et l’usure liée aux années. Le Manuel MSD décrit l’atteinte de la coiffe comme fréquente après 40 ans, y compris chez des personnes peu sportives.

Les situations qui reviennent souvent :

  • les métiers exercés bras en l’air : peintre en bâtiment, plaquiste, électricien au plafond, mécanicien sous un véhicule levé ;
  • le port de charges loin du corps, ou leur rangement sur une étagère haute ;
  • les sports de lancer et de smash : service au tennis, volley, handball, crawl ;
  • une chute sur le bras tendu, capable de déchirer un tendon déjà fragilisé ;
  • un week-end de bricolage intensif, typiquement la peinture d’un plafond.

Au travail, le tableau 57 des maladies professionnelles, tel que l’INRS le publie, reconnaît la tendinopathie aiguë de la coiffe quand le bras reste écarté du corps à 60° ou plus, sans appui, au moins 3 h 30 par jour en cumulé. Pour la forme chronique et la rupture, le seuil passe à deux heures par jour à 60°, ou une heure par jour à 90°.

L’épaule arrive en tête des troubles du membre supérieur chez les salariés : dans les Pays de la Loire, une surveillance menée en 2002 et 2003 auprès de 2 685 salariés examinés par leur médecin du travail plaçait le syndrome de la coiffe au premier rang, devant le canal carpien et l’épicondylite latérale (Roquelaure et coll., Arthritis & Rheumatism, 2006). Le cadre général de ces atteintes figure dans notre dossier sur les troubles musculo-squelettiques liés au travail.

Escabeau et rouleau à peinture sur perche dans une pièce en travaux au plafond fraîchement repeint

Les signes qui trahissent une coiffe abîmée

La douleur siège sur le moignon de l’épaule et descend volontiers sur la face externe du bras. Trois signes orientent nettement vers les tendons :

  • le réveil la nuit, avec une douleur nocturne dès que vous vous couchez sur l’épaule atteinte, parfois même sur le dos ;
  • la gêne à mi-course, ou arc douloureux : le bras part sans souci, la douleur surgit en chemin puis s’atténue une fois l’horizontale dépassée ;
  • l’inconfort dans les gestes du quotidien, comme enfiler une veste, attraper la ceinture de sécurité ou se coiffer.

Le Manuel MSD situe cet arc entre 60 et 120° d’élévation du bras, la douleur restant faible ou absente en dessous comme au-dessus : c’est la fenêtre où le tendon frotte sous l’acromion.

Quand consulter sans attendre

Un avis médical rapide s’impose dans ces situations :

  • un bras devenu impossible à lever après une chute ou un effort brusque, signe possible de rupture ;
  • une épaule chaude, gonflée, avec de la fièvre ;
  • une douleur qui descend jusqu’à la main avec des fourmillements, qui évoque plutôt une origine cervicale ;
  • une douleur de l’épaule gauche avec oppression dans la poitrine ou essoufflement, qui relève de l’urgence et du 15 ;
  • une raideur qui bloque l’épaule même quand un tiers lève votre bras.

Lit défait à l’aube avec un coussin gris calé au milieu des draps pour soutenir le bras

Examen clinique et échographie : poser le diagnostic

Le diagnostic repose d’abord sur l’examen : le médecin compare les deux épaules, mesure la mobilité active et passive, puis teste chaque tendon contre résistance. Les manœuvres les plus courantes, décrites dans le Manuel MSD :

  • le test de Jobe, bras tendus à l’horizontale, un peu en avant, pouces vers le bas, pour le sus-épineux ;
  • la rotation externe contre résistance, coude au corps, pour le sous-épineux et le petit rond ;
  • le lift-off de Gerber, main posée dans le dos, pour le sous-scapulaire ;
  • les tests de Neer et de Hawkins, qui recherchent un conflit sous l’acromion.

L’imagerie vient ensuite, quand la douleur dure ou qu’une rupture est suspectée. La radiographie standard repère les calcifications et l’état de l’articulation. Les tendons, eux, se voient directement à l’échographie de l’épaule, en mouvement et sans irradiation. L’IRM, ou parfois l’arthroscanner, se discute surtout lorsqu’une intervention est envisagée.

Une image ne raconte pas tout. Au Japon, l’échographie des deux épaules de 683 habitants d’un village de montagne a montré une rupture transfixiante sur 20,7 % des 1 366 épaules, et chez 16,9 % des personnes sans aucune douleur (Yamamoto et coll., Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 2010). Une fissure vue à l’écho n’explique donc pas forcément votre douleur : l’examen tranche.

Repos relatif, kiné, infiltration : le traitement sans opération

Tout commence par un repos relatif : supprimer le geste qui déclenche la douleur sans immobiliser le bras, qui s’enraidirait. Concrètement, vous suspendez le travail bras en l’air ou le service au tennis, en gardant le bras actif pour les gestes bas et proches du corps. Le froid, appliqué quelques minutes à travers un linge, apaise souvent les poussées. Le médecin peut proposer un antalgique ou un anti-inflammatoire en cure courte, selon votre état de santé et vos autres traitements.

La kinésithérapie, pilier de la prise en charge

Le cœur du traitement reste la rééducation de l’épaule, menée par le kinésithérapeute selon une progression que vous poursuivez ensuite à la maison :

  • récupérer d’abord l’amplitude, par des mouvements doux et des exercices de pendule ;
  • recentrer la tête de l’humérus en renforçant les rotateurs externes ;
  • muscler les fixateurs de l’omoplate, souvent oubliés, qui orientent la glène ;
  • charger peu à peu le tendon avec des élastiques puis des poids, sans dépasser le seuil de douleur convenu ;
  • reproduire enfin les gestes du métier ou du sport, à vitesse croissante.

Une douleur qui grimpe après la séance et persiste le lendemain trahit une charge trop forte : parlez-en au kinésithérapeute.

L’infiltration, un soulagement de courte durée

Quand la douleur empêche toute rééducation, une infiltration de corticoïde dans la bourse sous-acromiale, souvent guidée par échographie, peut être discutée avec le médecin. Son intérêt reste modeste : la revue Cochrane consacrée aux infiltrations de l’épaule (Buchbinder et coll., 2003) conclut à un bénéfice possible face au placebo, mais faible et mal maintenu, sans supériorité démontrée sur les anti-inflammatoires. Elle sert surtout à ouvrir une fenêtre pour avancer la kinésithérapie, jamais à la remplacer.

Pour une forme calcifiante rebelle, un spécialiste peut proposer d’autres techniques, comme les ondes de choc ou le lavage de la calcification sous imagerie.

Poche de froid bleue enveloppée dans un torchon en lin posée sur l’accoudoir d’un fauteuil gris

Rupture de coiffe : quand la chirurgie se discute

La chirurgie ne s’adresse pas à la tendinite simple : le Manuel MSD la réserve aux atteintes chroniques rebelles au traitement médical et aux ruptures complètes. Même une rupture de coiffe ne mène pas automatiquement au bloc : la décision pèse l’âge, l’activité, la force restante et la qualité du muscle à l’imagerie.

Une rupture traumatique chez une personne active pousse vers une réparation sans trop tarder ; une rupture d’usure chez une personne âgée peu gênée se traite souvent d’abord par rééducation.

Une intervention longtemps répandue a perdu du terrain : l’acromioplastie, qui rabote le dessous de l’acromion pour libérer le tendon. L’essai britannique CSAW, mené dans 32 hôpitaux auprès de 313 patients aux tendons intacts et publié dans The Lancet en 2018, n’a trouvé aucun bénéfice supplémentaire de ce geste par rapport à une simple arthroscopie d’exploration.

Quand une suture est décidée, elle se fait le plus souvent sous arthroscopie. L’épaule est ensuite protégée dans une attelle pendant plusieurs semaines, et la rééducation s’étale sur plusieurs mois avant tout retour aux efforts en force.

Retour au poste et au terrain, par paliers

La durée d’une tendinopathie de l’épaule varie beaucoup : quelques semaines pour une poussée prise tôt, plusieurs mois pour une atteinte installée ou calcifiante. Le critère de reprise n’est pas le calendrier, mais une épaule qui supporte l’effort visé sans douleur le soir ni le lendemain.

Au travail, le médecin du travail peut organiser une visite de préreprise et proposer un aménagement : outils à manche long, plate-forme plutôt qu’escabeau, rotation des tâches. Si votre poste correspond aux conditions du tableau 57, la déclaration en maladie professionnelle se fait auprès de la CPAM, avec le certificat médical initial, dans les 15 jours suivant l’arrêt de travail selon service-public.fr ; la réponse de la caisse intervient dans un délai de 120 jours.

Côté sport, une progression simple sert de garde-fou :

  • réintroduire le geste sans charge et en amplitude réduite ;
  • allonger la durée avant d’augmenter l’intensité, jamais les deux à la fois ;
  • intégrer les exercices de la coiffe à l’échauffement, une fois la saison repartie.

La logique rejoint celle de la tendinopathie rotulienne du sauteur : un tendon se renforce sous une charge dosée et s’abîme sous une charge qui grimpe trop vite.

Ménager ses épaules au quotidien

Quelques réflexes réduisent le temps passé bras en l’air et les efforts loin du corps :

  • travailler sur un escabeau stable ou avec un manche rallongé plutôt que bras tendus au-dessus de la tête ;
  • ranger les objets lourds entre la taille et les épaules, les légers en hauteur ;
  • porter les charges contre le buste, coudes près du corps ;
  • couper les longues tâches au plafond par des pauses, bras abaissés ;
  • garder les épaules basses au bureau grâce à un poste de travail réglé à votre taille, accoudoirs compris ;
  • entretenir les rotateurs et les muscles de l’omoplate, surtout en sport de lancer ou de raquette.

Prochaine étape : si votre épaule vous réveille depuis plusieurs semaines ou refuse de dépasser l’horizontale, consultez votre médecin traitant. L’examen des tendons, complété au besoin par une échographie, suffit souvent à lancer une rééducation adaptée.

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