Une canne de marche se règle à hauteur du pli du poignet, bras relâché le long du corps, et se tient dans la main opposée à la jambe douloureuse. Le modèle suit le besoin d’appui : canne simple pour un léger déséquilibre, tripode ou quadripode pour plus de stabilité, cannes anglaises pour soulager franchement une jambe.
Ce qu’une canne de marche apporte, et à qui
Une canne ajoute un troisième point de contact avec le sol. La base d’équilibre s’élargit, et une partie du poids passe par le bras au lieu de charger la hanche ou le genou douloureux. L’embout renseigne aussi la main sur une pente, un seuil ou un bord de trottoir.
Arthrose qui raccourcit le pas, convalescence après une opération, équilibre devenu hésitant : les situations varient. La Haute Autorité de santé, dans sa recommandation sur les personnes âgées faisant des chutes répétées (validée en avril 2009), cite « l’utilisation d’une aide technique à la marche adaptée en cas de troubles locomoteurs » parmi les mesures à combiner, avec des chaussures adaptées et la pratique régulière de la marche.
L’enjeu dépasse le confort. D’après le dossier « Chute » de Santé publique France, mis à jour le 30 mars 2026, plus de 20 000 personnes de 65 ans et plus sont décédées en lien avec une chute en 2024, et environ 175 000 ont été hospitalisées. Mal choisie ou mal réglée, une canne devient au contraire un obstacle de plus : faites valider le choix par le médecin, le kinésithérapeute ou l’ergothérapeute qui a vu votre proche marcher.
Trois signes justifient d’en parler en consultation :
- la main cherche les meubles et les murs pour traverser une pièce ;
- les sorties raccourcissent, par crainte de tomber ;
- une chute, même sans blessure, a eu lieu dans les derniers mois.
Canne simple, anglaise, tripode : quel modèle pour quel appui
Le modèle dépend du poids à transférer vers le bras et de la stabilité recherchée.
La canne simple, pour un léger déséquilibre
La canne simple prend un appui modéré, mais elle régularise le pas et rassure dans la rue. Sa poignée courbe, dite en crosse, s’accroche au bras ; une poignée en T ou anatomique répartit mieux la pression dans la paume. En bois, sa longueur est fixe. En aluminium, la canne réglable suit un changement de chaussures grâce à son bouton-poussoir.
Les cannes anglaises, pour décharger une jambe
Avec une canne anglaise, l’appui se partage entre la main et l’avant-bras, calé dans une manchette placée sous le coude. Elle encaisse bien plus de poids et sert surtout après une opération ou une fracture, souvent par paire, le temps que le chirurgien autorise de nouveau l’appui complet.
Tripode et quadripode, quand la stabilité prime
Trois ou quatre pieds forment une petite base qui tient debout seule. La canne tripode et sa cousine quadripode conviennent aux équilibres plus fragiles et restent en place pendant que la personne se relève d’un fauteuil. Contrepartie : elles pèsent plus lourd et se montrent moins sûres sur un trottoir bombé, une pelouse ou une marche étroite. Tournez les pieds les plus écartés vers l’extérieur, pour ne pas buter dedans.
Poignée, matière, pliage : les détails à essayer en main
Faites quelques pas avec la canne avant de l’acheter, et vérifiez :
- une poignée qui remplit la paume sans forcer les doigts, plus épaisse pour des mains arthrosiques ;
- la matière : bois à couper une fois pour toutes, aluminium réglable, carbone plus léger encore ;
- la charge maximale indiquée sur la notice, à comparer avec le poids de l’utilisateur ;
- le verrouillage de la canne pliante, pratique en voyage, avant chaque appui ;
- la dragonne, qui évite de lâcher la canne en ouvrant une porte.

Régler la hauteur au pli du poignet
Le réglage se fait debout, avec les chaussures du quotidien, dos droit et épaules détendues. Trop haute ou trop basse, une canne cesse d’aider.
- Tenez-vous près d’un appui stable, bras relâché le long du corps.
- Posez la canne à la verticale, l’embout un peu en avant et sur le côté du pied.
- Ajustez la longueur pour que le haut de la poignée arrive au pli du poignet.
- Saisissez la poignée : le coude se plie légèrement, sans que l’épaule remonte.
Sur l’aluminium, le bouton-poussoir doit ressortir franchement dans son trou, sans quoi il peut céder sous la charge. Une canne en bois se raccourcit par le bas : confiez la coupe au pharmacien ou au revendeur de matériel médical, car une découpe trop courte ne se rattrape pas.
Trop haute ou trop basse : les signes du mauvais réglage
Trop haute, la canne fait remonter l’épaule et fatigue le poignet. Trop basse, elle penche le buste et voûte le dos. Dans les deux cas, le pas devient irrégulier. Revérifiez le réglage en hauteur si vous changez de chaussures, et chaque fois que la canne passe à une autre personne.
De quel côté tenir la canne et comment avancer
La règle surprend souvent les familles : la canne se tient dans la main du côté opposé à la jambe douloureuse ou affaiblie. Si votre hanche droite vous fait souffrir, la canne passe à gauche. Ce placement reproduit le balancement naturel des bras et décharge l’articulation au moment où elle porte le poids.
La canne et la jambe atteinte avancent ensemble, puis la jambe valide passe devant. L’embout se pose à hauteur du pied avancé, pas loin devant, sinon le buste bascule. Pour un genou arthrosique, la canne tenue du côté sain complète les traitements de l’arthrose du genou sans les remplacer.
Deux cannes anglaises : la marche à deux appuis
Après une chirurgie, le chirurgien fixe l’appui autorisé et le kinésithérapeute enseigne la marche qui va avec. Tant que l’appui reste partiel, les deux cannes avancent avec la jambe opérée, puis la jambe saine les rejoint ; vient ensuite la marche alternée, canne gauche avec pied droit. Le passage à une seule canne se décide en consultation. Les semaines qui suivent une fracture de la hanche chez le senior passent souvent par cette progression, du déambulateur vers les cannes.

Escaliers, trottoirs, sols mouillés : les passages délicats
Monter et descendre une marche
La formule des kinésithérapeutes : la jambe valide monte la première, la jambe atteinte descend la première.
- Pour monter : main libre sur la rampe, jambe valide sur la marche supérieure, puis canne et jambe atteinte.
- Pour descendre : canne sur la marche inférieure, puis jambe atteinte, puis jambe valide.
- Si la rampe se trouve du côté de la canne, gardez la rampe et changez la canne de main.
Une marche à la fois, les deux pieds réunis avant la suivante. Faites valider la technique par le kinésithérapeute sur votre propre escalier, surtout avec une canne tripode, qui tient mal sur une marche étroite.
L’embout, première pièce d’usure
Tout le travail d’adhérence repose sur l’embout en caoutchouc. Lisse, craquelé ou usé d’un seul côté, il se remplace sans attendre, au diamètre exact du fût. Restez vigilant sur :
- le carrelage mouillé et les sols fraîchement lavés ;
- les feuilles mortes, plaques d’égout et bandes peintes, glissantes sous la pluie ;
- le verglas, pour lequel existent des embouts à pointe rétractable, à replier en rentrant ;
- les tapis et les seuils, qui accrochent l’embout.
La canne ne compense ni un couloir sombre ni des chaussons sans maintien. Pour des os fragiles, chaque chute évitée compte double : la prévention passe aussi par les moyens de protéger ses os après 60 ans.

Canne de marche sur ordonnance : ce que prévoit la prise en charge
Une canne s’achète librement en pharmacie ou chez un revendeur de matériel médical, mais elle peut aussi être prescrite. Selon la fiche « Ordonnance » de Service Public, le site officiel de l’administration (vérifiée le 1er janvier 2026), un dispositif médical est remboursé s’il est inscrit sur la liste des produits et prestations remboursables (LPP), et l’ordonnance reste valable un an. Les béquilles figurent parmi les exemples de cette fiche.
Le remboursement porte sur une base fixée par cette liste, pas sur le prix du modèle choisi. Reste à votre charge le ticket modérateur : d’après la fiche de Service Public qui lui est consacrée (vérifiée le 1er octobre 2026), son montant varie selon les prestations, appareillage compris, et une complémentaire santé peut le couvrir selon le contrat. Demandez au pharmacien si le modèle est inscrit sur la LPP et ce qu’il vous restera à payer.
Pour une personne âgée en perte d’autonomie, l’allocation personnalisée d’autonomie (Apa) peut aussi intervenir : d’après Service Public (fiche vérifiée le 1er juin 2026), le plan d’aide des personnes classées en Gir 1 à 4 peut prévoir des aides techniques. Le département décide de son attribution.
Canne de marche : les questions des familles
Comment convaincre un parent âgé d’utiliser une canne ?
Le refus vise souvent l’image de la canne plus que son usage. Présentez-la comme le moyen de sortir plus loin et plus longtemps, pas comme l’aveu d’une fragilité. Laissez votre parent choisir la couleur, la poignée et la matière : un objet choisi se porte plus volontiers. L’avis du médecin traitant ou du kinésithérapeute pèse souvent plus que celui des enfants. Un premier essai sur un trajet familier, en votre présence, rassure.
La canne d’un autre membre de la famille peut-elle servir ?
Rarement telle quelle. La hauteur se règle pour une personne, la poignée convient ou non à une main, et la charge maximale de la notice ne correspond pas toujours au poids du nouvel utilisateur. Une canne réglable en aluminium se réajuste au pli de son poignet ; une canne en bois coupée pour quelqu’un de plus petit ne se rallonge pas. Changez l’embout s’il est usé et faites vérifier le réglage avant les premières sorties.
Canne ou déambulateur : comment savoir ce qui convient ?
Tout dépend de l’appui nécessaire et de l’équilibre. Une canne apporte un point d’appui et laisse une main libre. Un déambulateur offre une base bien plus large, tenue des deux mains, pour une personne qui a besoin de davantage de soutien ou qui se fatigue vite. Le choix revient au médecin ou au kinésithérapeute, après observation de la marche. Certaines personnes gardent les deux, le déambulateur chez elles et la canne dehors.
