La fracture du col du fémur touche 70 000 Français par an, dont la grande majorité a plus de 70 ans. Elle survient le plus souvent après une chute banale et représente un tournant : sans chirurgie rapide et rééducation intensive, la mortalité à un an atteint 15 à 20 %. Une prise en charge dans les 24 à 48 heures change radicalement le pronostic.
Pourquoi le col du fémur est-il si vulnérable ?
Le fémur s’articule avec le bassin par sa tête sphérique. Le col fémoral — la zone cylindrique qui relie la tête à la diaphyse — est exposé pour deux raisons :
- Géométrie défavorable : il supporte des contraintes en cisaillement importantes à la mise en charge
- Vascularisation précaire : les artères irriguant la tête fémorale cheminent le long du col. Une fracture les lèse souvent, exposant à une nécrose de la tête à distance
Mécanismes et facteurs de risque
Dans 90 % des cas, c’est une chute de sa hauteur qui provoque la fracture : lever nocturne, glissade dans la salle de bain, tapis mal fixé. Chez les patients très ostéoporotiques, une simple rotation du pied peut suffire.
Les facteurs de risque se cumulent :
- Ostéoporose : facteur causal principal — l’os fragilisé cède sous un choc minime. Les mécanismes et le traitement de l’ostéoporose sont détaillés dans notre dossier ostéoporose après 60 ans
- Âge > 70 ans et sexe féminin
- Troubles de l’équilibre : neuropathie périphérique, séquelles d’AVC, vertiges
- Troubles visuels : cataracte, DMLA
- Polymédication : hypnotiques, antihypertenseurs, psychotropes
- Dénutrition et sarcopénie (perte musculaire liée à l’âge)
Classification des fractures
| Type | Localisation | Vascularisation |
|---|---|---|
| Cervicale vraie (Garden I-II) | Intracapsulaire, non déplacée | Préservée |
| Cervicale vraie (Garden III-IV) | Intracapsulaire, déplacée | Menacée |
| Per-trochantérienne | Extracapsulaire | Bien conservée |
| Sous-trochantérienne | Extracapsulaire, sous le grand trochanter | Bien conservée |
Une urgence chirurgicale absolue
La fracture du col du fémur doit être opérée dans les 24 à 48 heures suivant l’hospitalisation. Chaque heure de délai augmente la morbi-mortalité. Rester alité expose à des complications redoutables : escarres, pneumopathie d’inhalation, thrombose veineuse profonde, dénutrition accélérée.
Types d’interventions
Ostéosynthèse (vissage ou plaque-vis) : réservée aux fractures peu déplacées chez les patients jeunes (< 65 ans) avec bon capital osseux. Préserve la tête fémorale native, mais expose au risque de nécrose secondaire.
Prothèse intermédiaire (hémiarthroplastie) : remplacement de la seule tête fémorale. Solution de référence pour les fractures déplacées chez les patients de 70 à 80 ans avec faible niveau d’activité.
Prothèse totale de hanche (PTH) : remplacement complet de l’articulation (tête + cotyle). Indiquée chez les patients actifs de moins de 70-75 ans ou en cas d’arthrose de hanche associée. Excellents résultats fonctionnels à long terme.
Rééducation : commencer dès J1
La rééducation débute le lendemain de l’opération — sans exception. Un lever précoce réduit les complications de décubitus et améliore le pronostic fonctionnel.
Phase hospitalière (J0-J15)
- Premier pas avec le kinésithérapeute dès J1 post-opératoire
- Apprentissage du déambulateur ou des béquilles
- Exercices de renforcement musculaire du membre opéré
- Prévention des complications : bas de contention, HBPM, retournements réguliers
En SSR ou au domicile (semaines 2-8)
- Travail progressif de la marche jusqu’à l’autonomie complète
- Renforcement des abducteurs, du quadriceps et des fessiers
- Équilibre et prévention des chutes
- Ergothérapie : transferts lit/WC/véhicule, adaptation du domicile
Le retour à domicile est possible quand le patient marche de façon autonome, réalise seul les transferts essentiels, et que le logement est sécurisé (barres d’appui, douche adaptée, lit à bonne hauteur).
Pronostic : des chiffres qui appellent à la prévention
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Mortalité à 1 an | 15 à 20 % |
| Perte du niveau de marche antérieur | 30 à 40 % des patients |
| Institutionnalisation dans l’année | 20 à 25 % |
Ces données soulignent que la meilleure stratégie reste la prévention : traiter l’ostéoporose avant la fracture, prévenir les chutes avant qu’elles surviennent.
Prévenir avant que ça arrive
- Traiter l’ostéoporose dès le diagnostic : bisphosphonates, dénosumab — les options médicamenteuses réduisent le risque de fracture de hanche de 40 %
- Exercices d’équilibre : Tai-chi, yoga — réduisent le risque de chute de 20 à 35 %
- Aménager le domicile : barres d’appui aux WC et à la douche, éclairage nocturne automatique, suppression des tapis
- Correction de la dénutrition : apports protéiques suffisants (1,2 g/kg/j), vitamine D systématique
- Protecteurs de hanche : coussins absorbeurs intégrés dans des sous-vêtements — efficacité démontrée chez les patients institutionnalisés
Les seniors souffrant de douleurs chroniques liées à l’arthrose du genou présentent une instabilité posturale qui augmente le risque de chute. Un suivi orthopédique couplant traitement de l’arthrose et prévention des chutes est recommandé pour ne pas laisser les deux pathologies se potentialiser.
Prochaine étape : si un proche senior a fait une chute avec douleur de hanche et impossibilité de se relever, appelez le 15 immédiatement. Chaque heure gagnée améliore les chances de récupérer une marche autonome.

