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Ostéoporose après 60 ans : prévenir les fractures et protéger ses os

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Ostéoporose après 60 ans : prévenir les fractures et protéger ses os

L’ostéoporose est une maladie silencieuse qui touche 3 millions de Français — dont une majorité de femmes après la ménopause. Elle fragilise le squelette sans symptôme jusqu’à la première fracture. Pourtant, elle reste largement sous-diagnostiquée. Un dépistage précoce et un traitement adapté réduisent le risque de fracture grave de 40 à 70 %.

Comprendre l’ostéoporose

Comment l’os se détruit-il ?

L’os est un tissu vivant en constant renouvellement. Deux familles cellulaires assurent ce remodelage : les ostéoclastes (qui résorbent l’os vieillissant) et les ostéoblastes (qui forment du nouvel os). À l’équilibre, le capital osseux se maintient.

Avec l’âge et la chute des œstrogènes à la ménopause, la balance bascule vers la résorption. La masse osseuse — qui culmine entre 25 et 30 ans — diminue de 1 à 2 % par an après la ménopause, jusqu’à 3 à 5 % par an dans les premières années post-ménopausiques.

Définition OMS

L’OMS définit l’ostéoporose par un T-score ≤ -2,5 déviations standard à l’ostéodensitométrie, par rapport à une population jeune adulte de référence.

Facteurs de risque

Non modifiables :

  • Sexe féminin (risque multiplié par 3 par rapport à l’homme)
  • Âge avancé
  • Ménopause précoce (avant 45 ans) ou chirurgicale
  • Antécédents familiaux de fractures ostéoporotiques
  • Faible poids corporel (IMC < 19)
  • Antécédents personnels de fracture après 50 ans

Modifiables — agir dessus change le pronostic :

  • Carence en calcium et en vitamine D
  • Sédentarité, absence d’exercice en charge
  • Tabagisme actif
  • Consommation excessive d’alcool
  • Corticothérapie prolongée (> 3 mois à plus de 7,5 mg/j d’équivalent prednisone)

Dépistage : l’ostéodensitométrie

L’ostéodensitométrie (DXA) mesure la densité minérale osseuse au rachis lombaire et au col fémoral. Elle est remboursée par l’Assurance Maladie dans plusieurs situations :

  • Ménopause avec facteur de risque associé
  • Corticothérapie prolongée
  • Fracture récente sur traumatisme minime
  • Contrôle d’efficacité d’un traitement ostéoporotique

L’outil FRAX (OMS) calcule le risque de fracture à 10 ans en intégrant la densité osseuse et les facteurs de risque cliniques. Il guide la décision de traiter.

Les fractures ostéoporotiques : quels os sont menacés ?

Les fractures de fragilité surviennent après un traumatisme minime — parfois sans traumatisme :

  • Fracture du poignet (Pouteau-Colles) : souvent la première, après une chute sur la main
  • Fractures vertébrales : 40 % des fractures ostéoporotiques, parfois asymptomatiques, responsables de tassements progressifs et perte de taille
  • Fracture du col du fémur : la plus grave — mortalité de 15 à 20 % dans l’année chez les plus de 80 ans

La fracture du col du fémur mérite une attention particulière. Sa prise en charge chirurgicale, sa rééducation et ses conséquences sur l’autonomie sont détaillées dans notre dossier fracture du col du fémur chez le senior.

Traitements

Les bases non négociables

Calcium et vitamine D : apports recommandés de 1 000 à 1 200 mg/j de calcium (alimentation en priorité, supplémentation si insuffisant) et 800 à 1 000 UI/j de vitamine D. Quasi systématiquement indiqués après 65 ans.

Activité physique en charge : marche, yoga, danse, musculation légère. L’exercice avec mise en charge stimule le remodelage osseux et renforce les muscles stabilisateurs. Résultat : moins de chutes, moins de fractures.

Sevrage tabagique et modération alcoolique : le tabac diminue directement la densité osseuse et altère la vascularisation osseuse.

Traitements médicamenteux

Bisphosphonates (alendronate, risédronate, zolédronate) : traitement de référence. Inhibent les ostéoclastes et réduisent le risque de fracture vertébrale de 40 à 70 %, de fracture de hanche de 40 %.

Dénosumab (Prolia®) : anticorps monoclonal anti-RANKL, injection sous-cutanée tous les 6 mois. Efficacité comparable aux bisphosphonates, bonne tolérance.

Romosozumab : traitement anabolisant de dernière génération, stimule la formation osseuse. Réservé aux formes sévères avec T-score très bas.

Traitement hormonal de la ménopause (THM) : option chez les femmes symptomatiques sans contre-indication, avec rapport bénéfice/risque évalué individuellement.

Prévenir les chutes : l’autre pilier du traitement

Un os solide ne suffit pas si les chutes ne sont pas prévenues. Chez les patients ostéoporotiques, la prévention des chutes est aussi prioritaire que le traitement médicamenteux.

  • Aménagement du domicile : barres d’appui dans la salle de bain et aux WC, éclairage nocturne automatique, suppression des tapis glissants
  • Correction de la vision : consultation ophtalmologique annuelle — cataracte et DMLA augmentent significativement le risque de chute
  • Révision des médicaments : hypnotiques, antihypertenseurs et psychotropes augmentent le risque — réévaluation avec le médecin
  • Exercices d’équilibre : Tai-chi et yoga ont une efficacité démontrée, réduisant le risque de chute de 20 à 35 %
  • Chaussures adaptées : semelles antidérapantes, talons bas, fermeture sécurisée

Les douleurs chroniques au genou liées à l’arthrose réduisent la mobilité et augmentent mécaniquement le risque de chute. Une prise en charge globale, associant traitement de l’arthrose et de l’ostéoporose, est recommandée — les deux pathologies se croisent fréquemment après 60 ans.

Prochaine étape : si vous avez plus de 60 ans avec un facteur de risque (ménopause précoce, corticothérapie, antécédent de fracture), demandez une ostéodensitométrie à votre médecin. Le remboursement est de droit dans ces situations — et le dépistage change radicalement la trajectoire.