Chez le sportif, une lésion du ménisque est une fissure de l’un des deux coussinets de fibrocartilage du genou, née le plus souvent d’une torsion genou fléchi, pied bloqué au sol. Douleur sur le côté de l’articulation, gonflement, parfois blocage : l’examen clinique oriente, l’IRM précise, et l’opération n’est pas systématique.
Deux ménisques, deux amortisseurs entre fémur et tibia
Chaque genou en compte deux : le ménisque médial, ou interne, en forme de C ouvert, et le ménisque latéral, ou externe, presque circulaire. Ils s’intercalent entre les condyles arrondis du fémur et le plateau presque plat du tibia.
Leur rôle tient en trois verbes : amortir les chocs, répartir la charge sur une large surface de cartilage, stabiliser l’articulation pendant les rotations. C’est pourquoi la Haute Autorité de santé, dans ses recommandations de juin 2008 sur les lésions méniscales, juge une ablation totale ou subtotale délétère pour le cartilage.
Un bord irrigué, un centre qui cicatrise mal
Le sang n’atteint que la périphérie du ménisque, découpée en zones rouge-rouge au bord, rouge-blanc à la jonction, blanc-blanc vers le centre. Une fissure située là où le sang circule peut cicatriser ; une fissure du centre n’en a guère les moyens, et cette carte pèse lourd dans le choix du traitement.
Lésion du ménisque : torsion du sportif ou usure du genou
Deux histoires différentes aboutissent à la même image de ménisque fissuré sur l’IRM.
Le pivot qui déchire
La lésion traumatique touche surtout le sportif jeune : pied planté au sol, genou fléchi, corps qui tourne au-dessus. Coincé entre le fémur et le tibia, le ménisque se fend. Les sports les plus exposés combinent appuis, crochets et réceptions :
- football, rugby, handball et basket
- tennis, badminton et squash
- ski alpin, judo et lutte
La même torsion rompt parfois aussi le ligament croisé antérieur. La HAS en tient compte : sa stratégie diffère selon que le genou est stable, ligament intact, ou non.

L’usure qui fissure sans accident
Avec les années, le fibrocartilage perd de sa souplesse. Une lésion dégénérative apparaît alors sur un geste banal : se relever d’un squat, sortir d’une voiture basse. Le sportif vétéran ne se souvient d’aucun traumatisme, seulement d’une gêne qui s’installe, souvent du côté interne. Ce terrain rapproche la lésion de l’arthrose, et le bilan d’une arthrose du genou passe par les mêmes radiographies.
Verticale, horizontale, en anse de seau
- verticale, dans le sens des fibres, typique du traumatisme du sujet jeune
- en anse de seau, quand un long fragment vertical bascule au centre de l’articulation
- horizontale, en clivage, plus fréquente dans l’usure
- radiaire ou en languette, avec un lambeau qui accroche à chaque flexion
Douleur, gonflement, blocage : les signes d’une fissure
Une douleur au bord de l’articulation
La douleur siège sur l’interligne, la fente que le doigt sent entre fémur et tibia, côté interne ou externe. Elle se réveille accroupi, dans les escaliers, lors des pivots ou quand vous vous relevez d’une chaise basse.
Un genou qui gonfle après coup
Après une torsion, le genou gonfle souvent dans les heures qui suivent, parfois le lendemain, et refuse de plier complètement. Un gonflement presque immédiat évoque plutôt un saignement dans l’articulation, fréquent quand le ligament croisé antérieur a cédé.
Le blocage, un signe mécanique
Un blocage du genou d’origine méniscale se reconnaît à une extension impossible : le genou reste coincé en flexion, signature de l’anse de seau. Accrochages, ressauts, craquements douloureux et dérobements complètent le tableau.
Une douleur sous la rotule, aggravée par les sauts, évoque plutôt une tendinite rotulienne, qui touche le tendon et non l’articulation.
Consultez sans tarder si
- votre genou reste bloqué et refuse de s’étendre
- le gonflement apparaît dans les minutes qui suivent le choc
- vous ne parvenez plus à prendre appui sur la jambe
- le gonflement s’associe à de la fièvre ou à une chaleur locale

Examen clinique, radiographies, IRM : poser le diagnostic
Le diagnostic commence par votre récit : mécanisme, délai du gonflement, épisodes de blocage. Le médecin palpe l’interligne, recherche un épanchement, mobilise le genou en flexion et en rotation pour reproduire la douleur, puis teste les ligaments, car une rupture du croisé change la stratégie.
Ce que la radiographie apporte
Le ménisque n’apparaît pas sur une radiographie. Devant une douleur du genou sans traumatisme après 40 ans, la HAS recommande pourtant des radiographies comparatives en quatre incidences : face, profil, défilé fémoro-patellaire à 30 degrés et incidence en schuss, debout genoux fléchis. Elles recherchent un pincement de l’interligne, signe d’arthrose, ou des corps étrangers.
L’IRM, à lire avec l’examen
Prescrite au bon moment, l’IRM du genou montre le ménisque, le cartilage et l’os sous-jacent. Dans ses critères de qualité consacrés aux plus de 50 ans, mis à jour en avril 2013, la HAS la retient pour confirmer la lésion et rechercher des atteintes associées de l’os et du cartilage.
Une image ne fait pas un diagnostic. Une étude publiée en 2008 dans le New England Journal of Medicine a examiné à l’IRM le genou de 991 habitants de Framingham, aux États-Unis, âgés de 50 à 90 ans : 61 % des porteurs d’une fissure méniscale n’avaient ressenti ni douleur, ni raideur, ni gêne le mois précédent.
Repos relatif et rééducation : la première réponse
La HAS le formule sans détour : « lésion méniscale ne signifie pas nécessairement méniscectomie ». Abstention ou réparation doivent être envisagées avant toute ablation.
Pour une lésion non traumatique après 40 ans, son schéma prévoit un traitement médical symptomatique de six mois, la chirurgie ne se discutant qu’en cas d’échec. Après 50 ans, sur genou stable et lésion non réparable, ses critères de qualité fixent au moins six mois entre les premiers signes et une méniscectomie, hors traumatisme aigu et blocage aigu.
L’essai finlandais FIDELITY (New England Journal of Medicine, 2013) le confirme : chez 146 patients de 35 à 65 ans sans arthrose, la méniscectomie partielle d’une fissure dégénérative n’a pas fait mieux qu’une intervention simulée à un an.
Le repos relatif, concrètement
- suspendre pivots, sauts et course tant que le genou gonfle ou accroche
- entretenir le souffle à vélo, résistance faible, ou en crawl plutôt qu’en brasse
- éviter l’accroupissement prolongé et les rotations sous charge
- glace dans un linge et antalgiques, sur l’avis de votre médecin ou pharmacien
Une rééducation qui protège l’articulation
Conduite par votre kinésithérapeute, la rééducation récupère d’abord l’extension complète, puis renforce quadriceps, ischio-jambiers et fessiers. L’équilibre sur une jambe et le contrôle de la réception suivent, pour que le genou ne plonge plus vers l’intérieur. La logique rappelle une rééducation après entorse de la cheville : proprioception d’abord, gestes sportifs ensuite.

Arthroscopie : suture ou méniscectomie partielle selon la HAS
Quand la chirurgie s’impose, elle passe par l’arthroscopie, caméra et instruments introduits par de petites incisions : la HAS exige que toute méniscectomie soit réalisée ainsi.
Recoudre pour garder le ménisque
Recoudre, c’est le principe de la suture méniscale. Selon la HAS, elle n’est possible que pour une lésion périphérique, en zone vascularisée, sur un tissu sain, donc traumatique. Sur genou stable, ses recommandations la proposent pour une lésion récente et périphérique, chez un patient jeune et motivé, surtout au ménisque latéral. Contrepartie : une convalescence plus longue, le temps que le ménisque recousu cicatrise sous la protection fixée par votre chirurgien.
Retirer le moins possible
Dans les autres cas, le chirurgien enlève seulement la partie abîmée : c’est la méniscectomie partielle, que la HAS veut la plus partielle possible, sur une lésion qui fait souffrir. Ses critères de qualité imposent d’informer le patient du pronostic de son cartilage à moyen et long terme.
Le traumatisme aigu et le blocage méniscal aigu échappent au délai de six mois. Si le ligament croisé antérieur est rompu puis reconstruit, la HAS privilégie la préservation méniscale : abstention pour une lésion du ménisque latéral ou une lésion stable du ménisque médial, réparation pour une lésion périphérique instable.
Reprendre le sport après une lésion méniscale
Après l’intervention ou la rééducation seule, la reprise du sport se règle sur le geste réalisé et sur l’état du genou. Une méniscectomie partielle autorise en général un retour plus rapide ; une suture impose plusieurs mois de protection avant les sports de pivot. Votre chirurgien fixe les étapes.
Les feux verts à obtenir
- un genou sec, qui ne regonfle pas après l’effort
- une extension complète et une flexion presque symétrique
- une force du quadriceps proche de celle de l’autre jambe
- des sauts sur une jambe sans douleur ni appréhension
Du vélo au match, palier par palier
- marche rapide et vélo d’appartement
- course en ligne droite sur terrain souple
- accélérations, puis courbes larges
- changements de direction et réceptions de sauts
- entraînement collectif, puis match
Un genou qui regonfle le lendemain d’une séance renvoie au palier précédent.
Prochaine étape : si votre genou reste douloureux plusieurs jours après une torsion, ou s’il s’est bloqué une seule fois, faites-le examiner avant de rechausser vos crampons.
Ménisque : les questions des sportifs
Une fissure du ménisque peut-elle cicatriser seule ?
Tout dépend de sa place. La périphérie du ménisque reçoit du sang, et une petite fissure située dans cette zone peut cicatriser si le genou est ménagé. Le centre, sans vaisseaux, ne se répare pas, mais une fissure stable peut cesser de faire mal grâce au repos relatif et à la rééducation. C’est pourquoi la Haute Autorité de santé demande d’envisager l’abstention ou la réparation avant toute ablation.
Pourquoi le ménisque se fissure-t-il parfois sans choc ?
Avec les années, le fibrocartilage vieillit, ses fibres se désorganisent et il perd de sa souplesse. Un geste ordinaire, comme se relever d’une position accroupie ou pivoter sur un pied, peut alors suffire à le fendre. Ces lésions d’usure, souvent horizontales, deviennent fréquentes avec l’âge, ne font pas toujours mal et touchent volontiers un genou déjà arthrosique. Sans traumatisme, la HAS place le traitement médical avant toute chirurgie.
Courir avec une lésion du ménisque, est-ce raisonnable ?
Pas tant que le genou gonfle, accroche ou se bloque : chaque foulée comprime le ménisque et peut agrandir la fissure. Une fois l’épanchement résorbé et la mobilité retrouvée, une course lente en ligne droite sur terrain souple se discute avec votre médecin ou votre kinésithérapeute. Le repère le plus fiable reste le lendemain matin : un genou plus gros ou plus raide que la veille impose de revenir en arrière.
