La tendinite rotulienne, ou tendinopathie patellaire, est la blessure de surmenage la plus fréquente chez les sportifs pratiquant des sports à sauts répétés. Jusqu’à 45 % des volleyballeurs de haut niveau en souffrent à un moment de leur carrière. Mal gérée, elle bascule dans la chronicité et peut mettre fin à la pratique sportive.
Anatomie : le rôle du tendon rotulien
Le tendon rotulien (ou patellaire) relie le bas de la rotule à la tubérosité tibiale antérieure. Il fait partie du système extenseur du genou avec le quadriceps. Lors d’une réception de saut, ce tendon supporte des contraintes allant jusqu’à 8 fois le poids du corps.
La jonction os-tendon au pôle inférieur de la rotule (enthèse) est la zone la plus vulnérable aux microtraumatismes répétés.
Tendinite ou tendinose ?
Le terme “tendinite” suggère une inflammation aiguë. La réalité histologique d’une tendinopathie chronique est différente : on parle de tendinose — dégénérescence des fibres collagènes, néovascularisation anarchique, modification de la matrice tendineuse.
Cette distinction change le traitement. Les anti-inflammatoires, utiles en phase aiguë, sont peu efficaces sur une tendinose installée. Le traitement de fond passe par le renforcement excentrique.
Facteurs de risque
- Sports à haute intensité de sauts : volleyball, basketball, handball, athlétisme
- Augmentation brutale du volume ou de l’intensité d’entraînement
- Déficit de souplesse des ischio-jambiers et du quadriceps
- Faiblesse du renforcement excentrique du quadriceps
- Morphologie à risque : genu recurvatum, rotule haute (patella alta)
- Surface d’entraînement trop dure : parquet, béton
- Chaussures insuffisamment amorties
Classification clinique
Le Dr Blazina a établi une classification en 4 stades :
| Stade | Symptômes |
|---|---|
| I | Douleur uniquement après l’effort, aucune limitation |
| II | Douleur au début de l’activité, disparaît à l’échauffement |
| III | Douleur permanente, performances limitées |
| IV | Rupture tendineuse |
La douleur est localisée au pôle inférieur de la rotule. Elle est exacerbée par la descente des escaliers, les squats et les réceptions de sauts. La palpation directe du tendon est douloureuse.
Diagnostic
Le diagnostic est clinique. L’échographie tendinale — avec Doppler — visualise les lésions intrinsèques : zones hypoéchogènes, néovaisseaux. L’IRM est réservée aux cas complexes ou aux suspicions de rupture partielle.
Traitements
Traitement conservateur : les trois phases
Phase 1 — Décharge et antalgie
Réduire la charge d’entraînement est impératif. Aux stades I et II, l’arrêt complet n’est pas nécessaire — adapter les volumes suffit. Cryothérapie post-effort, AINS en cure courte, port d’une genouillère infra-patellaire (sangle rotulienne) pour contrôler la douleur à l’effort. Les corticoïdes en injection sont formellement contre-indiqués — risque de fragilisation et de rupture tendineuse.
Phase 2 — Renforcement excentrique : le protocole de Stanish
C’est le traitement de référence des tendinopathies chroniques. Des squats excentriques sur plan incliné (decline board), réalisés sur 12 semaines avec une progression rigoureuse de l’intensité. Les exercices excentriques induisent une réorganisation des fibres de collagène et améliorent la résistance tendineuse.
Phase 3 — Réathlétisation progressive
Renforcement concentrique/excentrique complet, pliométrie progressive, exercices spécifiques au sport. La reprise des sauts intervient uniquement après disparition totale de la douleur en charge.
Ondes de choc radiales
Indiquées si la tendinopathie résiste au traitement conservateur après 3 mois. Les ondes de choc stimulent la cicatrisation tendineuse et réduisent la douleur dans 70 à 80 % des cas. 3 à 5 séances suffisent généralement.
Injections de PRP
Le plasma riche en plaquettes (PRP) constitue une option pour les tendinopathies réfractaires. Les facteurs de croissance plaquettaires stimulent la régénération tendineuse. Les études récentes montrent des résultats prometteurs à 6 et 12 mois.
Chirurgie
Rarement indiquée — stades III et IV uniquement. Paring tendineux (résection des zones dégénérées) ou reconstruction en cas de rupture partielle.
Prévention
La tendinopathie rotulienne est une blessure de surmenage : la prévention est possible.
- Échauffement progressif avant chaque séance (10-15 minutes minimum)
- Étirements des quadriceps et ischio-jambiers après l’effort
- Renforcement excentrique régulier du quadriceps, même en dehors des phases douloureuses
- Règle des 10 % : ne jamais augmenter le volume d’entraînement de plus de 10 % par semaine
- Récupération suffisante entre les séances intensives
Les sportifs qui cumulent tendinopathie rotulienne et entorses à répétition présentent souvent un déficit biomécanique global du membre inférieur. L’entorse de la cheville et la tendinopathie partagent des facteurs de risque communs — une compensation suite à une cheville instable finit souvent par surcharger le genou.
Si des douleurs articulaires s’ajoutent à la tendinopathie chez un sportif de plus de 40 ans, une arthrose du genou débutante doit être écartée par un bilan radiographique en charge. Les deux pathologies peuvent coexister et se potentialiser.
Prochaine étape : aux premiers signes douloureux au tendon rotulien, consultez un médecin du sport ou un kinésithérapeute. Un traitement précoce au stade I évite plusieurs mois d’arrêt et les séquelles tendineuses chroniques.


